Traductions de cette page?:

Outils pour utilisateurs

Outils du site


numerique_et_enjeux_societaux:sobriete_numerique





L’indispensable sobriété numérique !

Retour vers l'accueil de la catégorie Numérique & enjeux sociétaux

Nous sommes à un point crucial de notre histoire. Nous ne pouvons conduire des bolides, avoir des ordinateurs de la taille d’une carte de crédit et toutes les commodités modernes, tout en profitant d’un air propre, d’abondantes forêts vierges, d’eau pure et d’un climat stable. Notre génération ne peut avoir que l’un ou l’autre mais pas les deux. L’humanité doit faire un choix. Les deux ont un coût. Voulons-nous des gadgets ou la nature ?
Il suffira de mal choisir pour que la prochaine génération n’ait ni l’un ni l’autre.

« L’Homme sans argent » – Mark Boyle [en] – Les Arènes, Juin 2021 (nouvelle édition) – Page 243


Alors que dans de nombreuses régions du monde nous subissons de plus en plus d’évènements climatiques que l’on peut qualifier d’extrêmes – canicules, vagues, ou maintenant “dômes” de chaleur pour les uns, avec pour corollaire des incendies et feux de forêts dévastateurs ; pluies diluviennes entraînant des inondations, ou orages et tornades pour les autres –, ne serait-il pas temps de prendre la mesure des changements radicaux à mettre en œuvre à très court terme afin d’endiguer le processus du changement climatique à sa source, soit le mode de vie de nos sociétés contemporaines ?
Car nous sommes directement concernés : la Belgique, généralement plutôt épargnée, a aussi connu des tornades et surtout des inondations sans précédents lors de l’été 2021…

À propos du changement climatique et des enjeux démocratique que « l’urgence climatique » pose à nos sociétés contemporaines, nous ne pouvons que conseiller l’écoute de l’épisode 6 – sorti le 13/08/2021 – de la très bonne série de podcasts « Démocratie en Question(s) » produite par La Première, chaîne radio de la RTBF. Il est intitulé « La démocratie est-elle adaptée à l’urgence climatique ? » et fait le tour de la question de manière assez exemplative.


FIXME En cours de rédaction :!:


Pour une école résolument tournée vers la sobriété numérique

Aujourd’hui, promouvoir le numérique ne peut se faire qu’à une seule condition : promouvoir simultanément, et avec la même intensité, la sobriété numérique.
Ceci afin que chacun des utilisateurs que nous sommes, nous puissions acquérir les bons réflexes qui permettent d’être attentif à l’indispensable « hygiène numérique » que nous devrons tous appliquer au quotidien dans nos usages de la technologie.
Agir autrement reviendrait à passer à côté d’un des enjeux majeur de la décennie 2020-2030 :!:

Pour faire face aux enjeux de la crise climatique, les impacts du numérique, leur forte croissance continue depuis les dernières décennies, ainsi que les questions que cela soulève, doivent de toute évidence être abordés de front.

Il est cependant un constat que nous pouvons faire : aborder le numérique « globalement » est peu évident, car la question est complexe et beaucoup d’aspects différents sont à prendre en compte… Mais l’école n’est-elle pas justement le lieu où il convient de sensibiliser et former les jeunes générations à cette complexité ?

Fin 2019 & début 2020, juste avant la crise de la COVID-19, les jeunes se sont massivement mobilisés pour le climat… Et derrière cela pour « l’environnement »… Or le numérique et surtout la consommation sans cesse croissante de nouveaux équipements en tout genre est génératrice d’une très forte pression sur l’environnement avec une forte consommation d’énergie primaire, une forte production de gaz à effet de serre (GES), une très importante consommation d’eau, l’épuisement des ressources abiotiques, etc.


Utiliser des grandeurs « palpables » pour donner du corps à l’empreinte du numérique dans notre quotidien

En France, selon l’étude iNum2020 de GreenIT.fr, rapporté à des usages quotidiens, pour un utilisateur du numérique, cela revient à cumuler chaque jour les consommations suivantes :

  • 1 radiateur électrique de 1000 watts allumé 8 heures ;
  • 6 kilomètres en voiture ;
  • 3 packs d’eau minérale (9 litres par pack, soit un total de 27 litres) ;
  • l’excavation de 197 kg de terre (environ 3 fois votre poids chaque jour).

Comme les impacts se cumulent, pour chacun des 58 millions d’utilisateurs français, au bout d’une année, cela représente (chiffres arrondis) :

  • Énergie primaire : 3 100 kWh d’énergie primaire ;
  • Gaz à effet de serre : 420 kg de gaz à effet de serre ;
  • Eau : 9 700 litres d’eau douce ;
  • Ressources : 14 grammes équivalent antimoine.

Source : Étude « iNum2020 », Impact environnementaux du numérique en France – 30/01/2021 – Page 9

Pour des informations plus détaillées sur l’empreinte du numérique,
voir la page : « Les impacts du numérique mondial ».

À mettre en débat pour alimenter la réflexion et les apprentissages à l’école :

Au-delà des impacts environnementaux, nous devons aussi prendre conscience que le numérique est une ressource critique. Et que le stock de cette ressource s’épuise inéluctablement car elle n’est pas renouvelable.
Si nous n’agissons pas dès maintenant pour économiser cette ressource, il est vraisemblable que nous connaissions déjà des pénuries au cours de la décennie, d’ici à 2030.

Les auteurs de l’étude iNum2020 de GreenIT.fr ne disent rien d’autre dans leur conclusion :

Au rythme actuel, le numérique – qui dépend directement de ressources abiotiques en voie d’épuisement – sera considéré comme une ressource critique non renouvelable d’ici une à deux générations. L’enjeu de la sobriété numérique dépasse donc la réduction des impacts environnementaux : c’est désormais une question de résilience.

Compte tenu de ces enjeux critiques pour l’humanité, il n’est plus acceptable d’augmenter volontairement notre empreinte numérique uniquement pour doper l’économie. Car c’est finalement la raison principale de la croissance effrénée des impacts du numérique.

Nous devons changer de « braquet » et de modèle pour basculer aussi vite que possible vers une sobriété de nos usages numériques, mais aussi des technologies elles-mêmes.

Étude iNum2020 de GreenIT.fr – Conclusion – Page 16


Vouloir mettre en place « une école numérique » qui ne se soucierait pas de ces questions semble assez suicidaire et revient à envoyer nos jeunes tout droit vers le précipice…
Et en disant cela bien entendu, nous ne disons pas que le numérique n’a pas une (petite ?) place à jouer à l’école et dans l’éducation, mais plutôt qu’il convient impérativement de mesurer nos actions et faire des choix afin de nous diriger résolument et consciemment vers la « sobriété numérique », ce dès le plus jeune âge, et en « pleine conscience ».

Sans ce « basculement », avec et pour les jeunes générations, nous courons à la catastrophe, car nous passerons très certainement à côté des réponses à apporter pour répondre à « l’urgence climatique » :!:


Frédéric Bordage, expert français en green IT et numérique responsable, pense aussi qu’il est urgent « d’ajouter la sobriété numérique dans les formations », et il utilise même des mots assez forts :

Trop souvent, nous laissons croire à nos enfants que la technologie est capable de venir à bout de tous les enjeux majeurs de la société. Nous créons ainsi une illusion qui ne leur permet pas de penser un avenir viable. C’est criminel. La technologie et le numérique ne sont que des outils au service d’un projet de société. Le numérique est un pharmakon, c’est-à-dire un remède qui a de nombreux effets secondaires indésirables, lesquels peuvent être pires sur le long terme que les bénéfices à court terme. Il est donc urgent et indispensable d’aider nos jeunes enfants à adopter une forme d’hygiène numérique et de leur montrer comment prendre du recul par rapport à cet outil.

« Sobriété numérique – Les clés pour agir » – Frédéric Bordage, Buchet-Chastel, 2019 – Pages 189 & 190


Agir auprès des jeunes pour systématiser « l’hygiène numérique » et les bonnes pratiques et au quotidien semble d’autant plus indispensable que, selon une récente enquête1) menée en France en mai 2021, enquête concernant l’articulation entre le développement du numérique et la protection de l’environnement, « les profils jeunes (moins de 35 ans) se déclarent sensiblement moins convaincus du caractère néfaste pour l’environnement, à tous les niveaux ». Que leur dépendance à l’égard du numérique est également plus marquée et que, s’il s’agit de faire des arbitrages pour ralentir certaines accélérations numériques si cela permet de préserver l’environnement, les jeunes se déclarent moins prêts que leurs aînés à ralentir le développement du numérique.


Idées « remue-méninges » et citations

Il y a quelques années, avant d’avoir rejeté Internet, je cherchais en ligne des images de petites pommes sauvages pour identifier un fruit que j’avais trouvé. Au lieu de fruits du pommier à feuilles de prunier que j’avais trouvé, ou du pommier à feuilles d’aubépine, mon écran fut envahi par le logo déposé de la marque Apple. Stupéfait, je tapai « blackberry » (mûre) et « orange », pour voir. Je me vis proposer des forfaits de téléphone. Je n’avais pas entendu parler de Tinder (qui signifie « petit bois ») à l’époque, mais quelque chose me dit que je ne serais pas tombé sur des images de copeaux, brindilles et d’écorces de bouleau.

Six mois plus tard, je lisais Landmarks, de Robert MacFarlane, sa remarquable contribution à un « glossaire de l’enchantement pour la Terre entière ». Il y révélait une ribambelle de mots retirés de l’édition 2007 du dictionnaire Oxford junior. Parmi eux :

alouette, aulne, bouleau, bouton-d’or, bruyère, campanule, chaton, coucou, cygneau, fougère, frêne, gland, gui, héron, lierre, loutre, marron d’inde, martin-pêcheur, nectar, noisetier, pâturage, pissenlit, saule, triton.

À la place, l’éditeur du dictionnaire avait ajouté :

bande passante, blog, boîte vocale, célébrité, comité, copié-collé, graphe, lecteur MP3, liste à puces, pièce jointe, tchat.

La justification de la maison d’édition – ce sont les choses qui font partie de la vie des enfants d’aujourd’hui – était pragmatique, compréhensible, honnête et profondément inquiétante.

« L’Année sauvage – Une vie sans technologie au rythme de la nature » – Mark Boyle [en] – Les Arènes (Juin 2021) – Pages 58 & 59


Pourtant le problème des priorités est bien là : l’agriculture nourrit, et sans nourriture, on meurt – même avec des lunettes en réalité virtuelle. Et tout indique que le déploiement du numérique, tel qu’il se joue en ce moment, et depuis plusieurs années, soit triplement incompatible avec le développement de la vie sur Terre : par ses implications écologiques directes (consommation de ressources, d’énergie) ; par son action « fluidifiante » sur la croissance de la production, « troisième révolution industrielle »2). […] Pas tout à fait inconscient de la situation, Elon Musk évoque la nécessité de se réfugier sur Mars pour sauver l’espèce3). […] Telle semble être la vision des industries du « progrès », gavées d’égoïsme et de science-fiction – et de démission devant leur responsabilité. Ils ont largement l’oreille des gouvernements : le Green New deal européen reprend largement ce discours pro-numérique, et propose un scénario certes ambitieux mais peu réaliste, car éloigné des dynamiques réelles des acteurs […].

« L’impératif de la sobriété numérique – L’enjeu des modes de vie » – Fabrice Flipo – Novembre 2020 – Pages 29 & 30


Je suis en train de lire The Great Acceleration, de Robert Colvile, qui montre comment le monde accélère d’un jour, d’une heure, d’une minute, d’une seconde, non, d’une nanoseconde à l’autre. Il cite le slogan pour la tablette BlackBerry Playbook qui dit « Tout ce qui mérite d’être fait mérite d’être fait plus vite. »

Bien vu, BlackBerry. Pourquoi passer une heure ou deux à faire l’amour en prenant son temps quand on peut tirer son coup en cinq minutes, après tout ?

« L’Année sauvage – Une vie sans technologie au rythme de la nature » – Mark Boyle [en] – Les Arènes (Juin 2021) – Page 92


[…] Le numérique n’existait pas avant, et c’est bien là le problème. Alors il faut apprendre vite pour ne pas répéter des erreurs que nous avons faites dans d’autres domaines tels les transports, la religion ou l’agriculture.
[…]

Car le numérique en soi n’est pas bon ou mauvais. Ce serait une vision simpliste et fausse que de l’affirmer. Il doit trouver sa place comme simple auxiliaire permettant aux citoyens de mieux vivre et non pas de se développer dans nos sociétés tel un parasite.

De dieu, il doit devenir compagnon. De Janus, il doit devenir Achate.4)
La difficulté d la tâche ne la rend pas pour autant impossible.

« Sobriété numérique – Les clés pour agir » – Vincent Courboulay – Actes Sud, janvier 2021 – Pages 29 & 30


Journalistes et visiteurs me posent souvent cette question sous une forme ou une autre : À votre avis, quelle sera la compétence la plus utile dans le futur ? »

« Je ne sais pas », leur dis-je. Si le futurologue Ray Kurzweil et ses copains de chez Google disent vrai, ce sera peut-être la robotique. Si au contraire, ce sont les climatologues et les écologistes (ou les rares économistes qui comprennent l’écologie) qui ont raison, ce pourra n’importe lequel des savoirs-faire que l’immense majorité des gens ont oubliés.

Les techno-utopistes mettent tous leurs œufs dans le panier de l’intelligence artificielle, mais, quoi que nous réserve l’avenir, je sais quel genre de vie je veux vivre. Je préférerai toujours l’intelligence naturelle à l’intelligence artificielle.

« L’Année sauvage – Une vie sans technologie au rythme de la nature » – Mark Boyle [en] – Les Arènes (Juin 2021) – Page 343


La distance qui nous sépare d’Alpha du Centaure, le système stellaire le plus proche de notre planète, est supérieure à 4 années-lumière. Pour prendre la mesure de notre isolement, il faut saisir l’infinité de l’espace, l’immensité de vide et de mort qui nous sépare de ce système stellaire. En équipant nos vaisseaux des meilleures techniques de propulsion, il faudrait 70 000 ans pour parcourir les 39 000 milliards de km qui nous sépare d’Alpha du Centaure.5) 6)

Assimiler cette distance incommensurable implique d’intégrer ce fait indubitable. Il est temps de rappeler qu’un autre monde est possible mais qu’il ne pourra pas advenir sans notre concours. Car le discours ambiant continue à promouvoir la croissance – qu’elle soit durable ou non – alors que nous vivons une crise de la surconsommation. En d’autres termes, il persiste à considérer notre environnement comme un milieu inerte, taillable et corvéable à merci, et oublie ce faisant qu’il n’y a pas – et qu’il n’y aura pas avant des siècles ou des millénaires – d’alternative à la terre.
[…]

« Vivre sur terre – Comment dépasser le nihilisme contemporain » – Julien Lebrun – Julien Lebrun – L'Harmattan, 2019 – Page 9


En relisant Leopold, je réfléchis à la bêche en tant qu’outil. Aussi bien que planter des arbres, elle peut servir à déranger le sol, à nuire à la vie qu’il contient. Comme tous les outils, même l’ordinateur portable, elle peut prendre ou donner la vie plus vite que nous ne saurions le faire seuls. Mais c’est Paul Kingsnorth qui saisit le mieux la différence entre ces deux outils quand il écrit, dans Confessions of Recovering Environmentalist :

Les deux peuvent vous donner des crampes dans le bras, mais il y a une différence entre un clavier et une bêche. Il est encore assez simple de fabriquer une bêche. Elle n’a pas besoin d’être constamment alimentée en énergie pour fonctionner. Elle peut durer longtemps, si vous la traitez bien, un peu comme votre corps. Un clavier et une bêche sont l’un comme l’autre des produits d’une économie industrielle, mais pas dans la même mesure, et ils n’ont pas le même emploi. L’un peut exister de manière autonome, l’autre non. Ce n’est peut-être qu’une question de degrés, mais les degrés comptent – tout comme l’intention.
Et puis il y a aussi autre chose, et c’est peut-être la plus important : personne n’est jamais devenu accros à la bêche.

« L’Année sauvage – Une vie sans technologie au rythme de la nature » – Mark Boyle [en] – Les Arènes (Juin 2021) – Pages 360 & 361


FIXME En cours de rédaction :!:



1)
« Développement du numérique et enjeux environnementaux : une possible cohabitation ? » – Enquête réalisée par Harris Interactive pour SQLI, enquête en ligne du 11 au 13 mai 2021. Échantillon de 1 047 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
2)
Castells M., La société en réseaux, Fayard, 1998
4)
Le guerrier troyen Achate est l’écuyer d’Énée et son compagnon de tous les instants. Achate est devenu le symbole de l’ami fidèle.
5)
Kaku M., Une brève histoire du futur, Comment la science va changer le monde, Flammarion, Champs sciences, 2016, p. 249
6)
Voir aussi la section “Exploration” de l’article consacré à Alpha du Centaure sur Wikipédia
Vous pourriez laisser un commentaire si vous étiez connecté.
/var/www/alternc/e/educode/www/educode.be/dokuwiki/data/pages/numerique_et_enjeux_societaux/sobriete_numerique.txt · Dernière modification: 2021/09/02 08:53 (modification externe)