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Ubérisation, piège à cons !

Plongée dans les coulisses du travail en miettes

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Couverture du livre "Ubérisation, piège à cons !"

Caractéristiques
Auteur Gurvan Kristanadjaja
Éditeur Robert Laffont
Collection
Date de parution 29/04/2021
Langue FR
Nombre de pages 252
Format 13 x 21 cm
EAN 978-2221253137
ISBN 2221253132
Page Web (éditeur) Ubérisation, piège à cons !


Présentation par l'éditeur

Il suffit aujourd’hui d’un clic pour commander des sushis, donner son linge à laver ou faire une rencontre amoureuse. L’ère numérique nous fait miroiter un monde nouveau, plus rapide, plus simple, plus moderne. Des plateformes comme Uber ou Deliveroo brandissent leur ambition de révolutionner notre quotidien.
Oui, mais à quel prix ? Chaque jour, à travers la planète, des millions de travailleurs œuvrent pour le compte de ces start-ups devenues des multinationales. Jeunes, précaires, souvent migrants ou sans-papiers, ils font aujourd’hui le travail qu’un robot effectuera probablement demain à leur place.
Tandis que ces entreprises se débattent pour atteindre la rentabilité, les travailleurs « ubérisés », privés de nombreux droits et toujours plus mal payés, forment une masse invisible, que l’on croyait jusqu’alors silencieuse.
Cette enquête leur rend la parole et décortique les effets de l’ubérisation sur nos vies et notre modèle de société – une immersion édifiante dans les coulisses d’un mythe devenu, pour beaucoup, une cruelle réalité.

L'auteur

Gurvan Kristanadjaja est journaliste à Libération au service France. Il réalise depuis deux ans des reportages et enquêtes sur les conditions de travail au sein des plateformes de la nouvelle économie.


Table des matières

  • Avant-propos – Pour les « invisibles » de l’ubérisation
  • 1. Histoire d’une utopie – Du modem bruyant à l’antipuces pour chats dans ma boite aux lettres…
  • 2. L’envers du décor – L’ubérisation fait son lit dans la précarité
  • 3. Le jour où j’ai retrouvé Mohammed, mon premier chauffeur Uber
  • 4. « Ils préfèrent être chauffeurs que tenir le mur… » – Les espoirs déçus des jeunes de quartier, anciens chauffeurs ou livreurs
  • 5. En immersion – Derrière le mythe du travailleur ubérisé, la dure réalité d’une économie souterraine
  • 6. La rébellion des livreurs sans papier
  • 7. Paysans de la proto-industrie, canuts lyonnais et hommes-sandwichs de 1929 – Les premiers travailleurs ubérisés ?
  • 8. Comment l’ubérisation transforme nos petites villes
  • 9. Comment l’ubérisation perturbe nos métropoles
  • 10. Ces entreprises qui nous ont tous rendus accros !
  • 11. En immersion – Amazon, l’ubérisation malgré le salariat
  • 12. La justice française, seul moyen de faire plier les multinationales ?
  • 13. Le déni politique – Pourquoi les pouvoirs publics tardent à légiférer ?
  • 14. En Suisse, en Californie ou à Londre… – Les coulisses du combat des travailleurs ubérisés
  • 15. Face eu risque d’effondrement (ou les malheurs d’Uber)
  • 16. L’économie de la flemme – Après la crise, le modèle le plus résilient ?
  • Épilogue – Et demain ? Tous ubérisés ?


Notes de lecture

2. L’envers du décor – L’ubérisation fait son lit dans la précarité

[…] Pour augmenter leur chiffre d’affaires, les plateformes prennent prétexte de l’introduction d’innovations, censées compenser la baisse des rémunérations par une augmentation de la demande – et donc de l’activité des travailleurs. Depuis 2012, par exemple, Uber prend historiquement 25 % de commission par course VTC. Mais en 2014, quand la société a lancé son nouveau service de prise ne charge de plusieurs clients en même temps, nommé UberPool, la commission est passée à 35 % sur de service. « Une vraie injustice ! » ont alors protestés les représentants des chauffeurs. Ils n’ont pourtant, réglementairement, d’autre choix que d’accepter les conditions fixées puis modifiées par Uber : puisqu’ils sont indépendants, ils n’ont aucun droit de regard sur le prix des courses ou les modalités de rémunération.

Le principal effet de cette course à la rentabilité est destructeur pour les économies de nos pays – et donc pour nos sociétés : l’ubérisation a considérablement paupérisé ces différents métiers qui, de fait, sont devenus des réservoirs de pauvreté. […]

Sur le terrain, les acteurs du secteur font cet amer constat : les ambitieux de la première heure ont désinstallé les applis, souvent par dépit, pour laisser la place à de plus précaires qui n’ont d’autre choix que d’accepter sans discuter les faibles rémunérations. Pour eux, c’est une question de survie.

Chapitre 2 – L’envers du décor – L’ubérisation fait son lit dans la précarité – Pages 37 & 38


5. En immersion – Derrière le mythe du travailleur ubérisé, la dure réalité d’une économie souterraine

Issam, un exilé marocain arrivé il y a un an en France, a cette formule dévastatrice quand il parle de son boulot : « Nous les livreurs, quand on est dans la rue, tout le monde fait comme si c’était normal de voir des Noirs et des Arabes pédaler partout sur des vélos, mais ils se disent bien que quelque chose ne va pas. je veux dire : on a des manteaux troués, pas de gants, on a froid, on livre sur des des Vélib’ dans des sacs Picard… Nous sommes les nouveaux pauvres ! » Ce jeune homme de 19 ans, livreur pour le compte de Stuart et d’Uber Eats, est un sans-papiers. Malgré son statut, il roule onze heures pas jour et au « black » pour ces plateformes. Et il assure qu’il est loin d’être le seul : « C’est le premier boulot qu’on te suggère de faire quand tu arrives ici ! »

Ces deux dernières années, les jeunes de banlieue ont vu débarquer à leur côté, dans les rues, ces nouveaux travailleurs encore plus précaires qu’eux. Quand les rémunérations baissent inexorablement jusqu’à atteindre des sommes difficilement acceptables, les sans-papiers, qui exercent principalement dans la livraison, sont parfois la seule main d’œuvre qui reste. Alors tout le monde ferme les yeux : les entreprises tentent de se convaincre que le phénomène n’existe pas, les autorités préfèrent ne pas en entendre parler, et les clients sont aveuglés par leur appétit de consommation.

Chapitre 5 – En immersion – Derrière le mythe du travailleur ubérisé, la dure réalité d’une économie souterraine – Pages 73 & 74


13. Le déni politique – Pourquoi les pouvoirs publics tardent à légiférer ?

Toutes les personnalités politiques interrogées, à droite comme à gauche, […] s’accordent cependant sur une chose : la protection sociale devrait être une priorité majeure des pouvoirs publics. […]

À droite, on penche plutôt pour une solution simple : conserver le statut d’indépendant, mais y ajouter des dispositions législatives qui garantiraient la protection des travailleurs, notamment une rémunération en cas d’arrêt de travail. À gauche, on penche plutôt pour une « présomption de salariat » ou pour des fonctionnements hybrides avec des coopératives militantes.

D’autres pistes concrètes ont été évoquées pour améliorer immédiatement le système actuel. Le Conseil national du numérique, fondé en 2011, en a suggéré plusieurs. Dans un rapport publié en juillet 2020, il propose par exemple une mesure simple, l’application d’un « DigiScore » évaluant les plateformes selon, notamment, la relation qu’elles ont nouée avec les travailleurs : « Les membres du CNNum estiment que les plateformes respectueuses de nos lois et de notre modèle social doivent être encouragées : elles sont de fait un visage nouveau du travail et une indéniable source d’emplois à l’ère du digital. Comme dans tout État de droit, il reviendra au juge de sanctionner les plateformes qui refuseraient de se conformer aux règles du droit du travail, mais on ne saurait stigmatiser ou condamner les plateformes de par leur seule existence. À cette fin, le CNNum recommande l’adoption, dans les plus brefs délais, d’un « DigiScore » sur l’ensemble des sites web, applications mobiles et autres interfaces usagers des plateformes numériques. » Il [le CNNum] rappelle aussi l’intérêt de mener un véritable dialogue social arbitré par l’État : « Le dialogue social ne peut ni ne doit se résumer à de simples consultations pilotées par les plateformes. Les conditions d’un équilibre entre les parties, à même de leur permettre de négocier, doivent être réunies ; et c’est le rôle de l’État d’assurer cet équilibre. […] »

Des débuts de solutions qui n’ont pas trouvé l’oreille du gouvernement pour le moment. En effet, derrière le débat purement politique, il y a une question sociétale existentielle : est-on pour une France des plateformes, qui favoriserait le développement de ces nouvelles forme de travail, ou non ? Et à quel prix ? Beaucoup refusent pour le moment d’y répondre car elle interroge en profondeur l’idée que l’on se fait du progrès dans nos sociétés. Refuser le monde des plateformes serait adopter une position passéiste. L’accepter en l’état serait se plier au capitalisme galopant.

Entre les deux, pour le moment, il n’y a que du vide.

Chapitre 13 – Le déni politique – Pourquoi les pouvoirs publics tardent à légiférer ? – Pages 196 & 197


16. L’économie de la flemme – Après la crise, le modèle le plus résilient ?

À titre personnel [l’auteur], j’ai passé toute cette enquête à lutter contre une intuition forte : les nouvelles start-up de ce type forme l’« économie de la flemme », qui précarise davantage encore les petits boulots. Jusqu’à présent, dans nos sociétés occidentales, les nouveaux services inventés sont venus combler des besoins plus ou moins nécessaires. Mais depuis l’ère Uber, quand les firmes n’ont plus rien eu à nous vendre, elles ont décidé d’exploiter notre propre flemme. Celle de faire à manger, celle de se déplacer, celle de lancer une machine à laver. Pour cela, elles appliquent un joli vernis de modernité sur leurs intentions. Mais il y a derrière tous les écueils de l’« ancien monde », sans cadre ni loi.

Chapitre 16 – L’économie de la flemme – Après la crise, le modèle le plus résilient ? – Pages 235 & 236

Dans les années à venir, il faut probablement s’attendre à ce qu’une part importante des métiers les plus précaires soient exploités par des plateformes. Avant peut-être, de s’attaquer à d’autres corps de métiers, plus qualifiés. Ainsi fonctionnent les entreprises du « nouveau monde » : elles donnent l’impression de tout révolutionner sans jamais rien inventer.

Chapitre 16 – L’économie de la flemme – Après la crise, le modèle le plus résilient ? – Page 238


Épilogue – Et demain ? Tous ubérisés ?

L’enfer est pavé de bonne intentions, et l’univers du travail ubérisé n’échappe pas à la règle. Sous prétexte de simplifier et de sécuriser les relations entre les clients et certains prestataires de services, de nouveaux protagonistes font déjà leur apparition, avec le même appétit que les fondateurs d’Uber ou de Deliveroo. De nouveaux secteurs s’apprêtent donc à vivre leur délicat atterrissage dans le monde en trompe-l’œil du travail en miettes.

Les prochains touchés par ce modèle seront probablement les artisans. En réalité, ils le sont déjà en partie, car de nombreuses entreprises ont vu le jour ces dernières années, proposant, sur des plateformes numériques, des petites réparations ou du dépannage. Prétextant des « services à la personne », elles avancent les mêmes arguments qu’Uber ou Deliveroo avant elles : il s’agit de revenus complémentaires rapides et faciles d’accès. La technologie sert de prétexte pour simplifier la mise en relation et prélever une commission.

Épilogue – Et demain ? Tous ubérisés ? – Page 239

[…] On pourrait aussi imaginer (comme cela se fait déjà dans la livraison) des intermédiaires de proximité entre la plateforme et les travailleurs. Et ce dans tous les secteurs en voie d’ubérisation, en s’inspirant de ce qui se fait dans les coopératives. Cela favoriserait la transformation numérique de certains métiers, sans créer de déséquilibre, car ces groupes seraient plus à même d’imposer leurs règles du jeu. […] Il devrait exister des plateformes locales, régionales ou nationales réellement émancipatrices et encouragées, pourquoi pas, par les pouvoirs publics. Car quoi de plus paradoxal en 2021 que de commander un plat préparé localement en circuit court sur une de ces plateformes et de se faire livrer dans de telles conditions ?

La prise de conscience écologique doit s’accompagner d’une autre, sociale celle-là. Pour cela, il nous incombe, à nous clients, d’aller vers toujours plus de sobriété. Moi le premier [l’auteur], j’en prends l’engagement.

Épilogue – Et demain ? Tous ubérisés ? – Pages 243 & 244


Avis personnel

C'est une enquête fouillée et passionnante, qui démonte sans concession le mirage de la « nouvelle économie » des plateformes numériques, que nous livre l’auteur de « Ubérisation, piège à cons ! ».

Avec de nombreux témoignages récolté, mais aussi sa propre expérience lors de diverses immersions dans le concret des travailleurs en l’exerçant lui-même après s’être inscrit sur les plateformes, Gurvan Kristanadjaja nous dresse un panorama assez large de ce phénomène récent (la société Uber a été créé en 2009) que l’on qualifie d’ubérisation. Sans jamais complètement perdre de vue la question fondamentale : quelle place nos sociétés veulent-elles accorder à ces plateformes numériques et à leur modèle économique foncièrement emprunt de « disruption » ? Une question éminemment « politique », au sans noble du terme, qu’il convient urgemment de trancher !

Erick Mascart – Le 22/05/2021


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  • Au secours, mon patron est un algorithme – Émission “Cash investigation” – France 2 – 27/09/2019


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