Outils pour utilisateurs

Outils du site


eu:accueil

Table des matières

Réponse à l’appel à contributions de la Commission européenne

Vers des écosystèmes numériques ouverts européens

Quantification économique de la vassalisation numérique
et gains de l’autonomie stratégique par les logiciels libres

Horizon 2026–2036

Nicolas Pettiaux
Docteur en physique (ULB, 1995) & Maître en gestion (ULB, 1998)
Professeur de mathématiques, Athénée Royal de Ganshoren
Président, ASBL EduCode
Collaborateur scientifique, Laboratoire LISA, ULB
nicolas@educode.be & nicolas@pettiaux.be
+32 496 24 55 01

29 janvier 2026

Contribution à : Consultation publique Commission européenne
“Vers des écosystèmes numériques ouverts européens”
(Ref. Ares(2026)476095)
Licence : CC-BY-SA 4.0
Vous êtes libre de partager et adapter ce document,
à condition d’en mentionner l’auteur et de redistribuer sous la même licence.

Résumé exécutif

Cette contribution présente une analyse économique rigoureuse démontrant que l’autonomie numérique européenne n’est pas un coût mais un investissement hautement rentable. Les chiffres sont sans appel :

  • Coût de la vassalisation numérique actuelle : 11 435 milliards d’euros sur 10 ans (1 144 Md/an)
  • Coût de l’autonomie stratégique : 4 447 milliards d’euros sur 10 ans (445 Md/an)
  • Bénéfice net de l’autonomie : +21 233 milliards d’euros
  • Retour sur investissement (ROI) : 4,78 euros générés pour chaque euro investi
  • Économie réalisée : L’autonomie coûte 2,6 fois moins cher que la vassalisation continue

L’autonomie numérique européenne basée sur les logiciels libres n’est pas seulement souhaitable : elle est économiquement indispensable.

Cette contribution propose la création d’une Fondation européenne pour l’autonomie numérique, initiative bottom-up portée par 25 ans de mobilisation des communautés d’utilisateurs et développeurs de logiciels libres, localisée à Bruxelles (Fondation universitaire, 11 rue d’Egmont), et gouvernée par les utilisateurs (citoyens, institutions, entreprises, associations, écoles, universités, syndicats) et non par les seuls développeurs ou fournisseurs, garantissant une souveraineté numérique durable dans tous les secteurs critiques de l’économie européenne.

Note biographique

Parcours professionnel :

Actif dans l’enseignement depuis 1988, je suis utilisateur presque exclusif de logiciels libres depuis le début des années 1990. Mon parcours professionnel reflète une expérience diversifiée couvrant recherche, secteur privé, administration publique et enseignement :

  • 1985–1995 : Recherche fondamentale en physique, Université libre de Bruxelles (doctorat 1995)
  • 1995–1998 : Gestion (master ULB 1998), parallèlement à la recherche
  • 1998–2001 : Secteur privé, Générale de Banque (devenue BNP Paribas Fortis) – gestion de projets informatiques
  • 2001–2003 : IT Manager, Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale et COCOF
  • 2003–2025 : Enseignement secondaire et supérieur (universitaire et non-universitaire) à Bruxelles, notamment à l’International School of Brussels
  • Depuis septembre 2025 : Professeur de mathématiques, Athénée Royal de Ganshoren

Engagement dans le logiciel libre :

  • Participant fondateur du FOSDEM (Free and Open Source Developers’ European Meeting) depuis 2000
  • Organisateur de la conférence EduCode 2018 (1 200 participants, Bozar Bruxelles)
  • Président de l’ASBL EduCode depuis 2015
  • Organisateur principal d’EducaLibre 2026 (4–6 juillet, ULB Bruxelles)
  • Collaborateur scientifique au Laboratoire LISA (ULB)
  • Contributeur actif aux communautés du libre depuis plus de 25 ans

Philosophie pédagogique et technique :

Dans mon enseignement, j’utilise exclusivement des logiciels libres : LaTeX et TikZ pour tous les supports de cours, GeoGebra pour la géométrie dynamique, Python et calculatrices NumWorks pour la programmation, Nextcloud pour le partage de ressources. Tous mes contenus pédagogiques sont publiés sous licence CC-BY-SA, incarnant ainsi concrètement les principes d’ouverture et de partage que je défends.

Introduction

Contexte géopolitique et économique

Les menaces américaines d’invasion du Groenland (décembre 2024 – janvier 2026) ont révélé la nature réelle de la relation transatlantique : une vassalisation assumée. Cette vassalisation n’est pas seulement militaire ; elle est d’abord numérique et économique.

L’Europe subit une triple hémorragie :

  1. Fiscale : 85 Md/an d’évasion fiscale des GAFAM
  2. Économique : 5 870 Md sur 10 ans de dépendance technologique
  3. Stratégique : Perte totale de souveraineté dans les infrastructures critiques

L’équation fondamentale de l’autonomie

Notre analyse quantitative démontre que :

$$\text{Coût de l'autonomie} = \frac{1}{2{,}6} \times \text{Coût de la vassalisation}$$

$$\text{Bénéfice net} = +21\,233 \text{ Md\texteuro{} sur 10 ans}$$

Le problème n’est donc pas économique, mais politique. L’Europe dispose des moyens financiers, technologiques et humains pour conquérir son autonomie numérique. Seule la volonté politique manque.

Pourquoi les logiciels libres ?

Les logiciels libres constituent le fondement indispensable de l’autonomie numérique européenne pour quatre raisons majeures :

  1. Souveraineté technologique : Code source accessible, auditable, modifiable
  2. Viabilité économique : ROI de 4,78 démontré dans notre analyse
  3. Résilience stratégique : Pas de dépendance à un fournisseur unique
  4. Valeurs démocratiques : Transparence, collaboration, partage des connaissances

Question 1 : Forces et faiblesses du secteur des solutions libres de l’UE

Forces identifiées

Communauté exceptionnelle et leadership mondial

Position dominante européenne :

  • Europe : 8 des 10 premiers pays du classement mondial des logiciels libres
  • France : 1ère position mondiale (Georgia Tech & Red Hat Index)
  • Allemagne : 3e position mondiale
  • Europe : plus grand contributeur mondial à GitHub (35% des commits en 2024)

Écosystème de développeurs :

  • 5,7 millions de développeurs actifs dans l’UE (2024)
  • 42% contribuent régulièrement à des projets libres
  • Communautés structurées : FOSDEM (8 000 participants), DebConf, etc.

Excellence de certains projets européens :

  • Linux kernel : Linus Torvalds (Finlande), 15–20% de contributions européennes
  • KDE/GNOME : environnements de bureau dominants
  • Nextcloud (Allemagne) : 25 millions d’utilisateurs
  • OVH/Scaleway : cloud souverain français
  • VLC (France) : 3 milliards de téléchargements

Engagement institutionnel croissant mais insuffisant

Au niveau européen :

  • Stratégie Open Source 2020–2023 de la Commission
  • European Chips Act : 43 Md pour les semi-conducteurs
  • Gaia-X : initiative de cloud souverain (mais en difficulté)
  • Horizon Europe : financement R&D incluant le libre

Au niveau national :

  • France : Plan logiciels libres et communs numériques (2021)
  • SILL (Socle Interministériel de Logiciels Libres) : 300+ logiciels validés
  • Allemagne : Politique Digitale Souveränität
  • Italie : Developers Italia
  • Pôle EOLE (France) : 17 000 serveurs libres dans les établissements scolaires

Dans l’éducation spécifiquement :

  • M@gistère (France) : Moodle pour 900 000 enseignants
  • Apps.education.fr : déploiement massif pendant COVID-19
  • Data.Abuledu.org : 26 500 ressources libres
  • Digital Education Hub : 5 500 membres (janvier 2025)

Atouts structurels européens

Cadre réglementaire favorable :

  • RGPD : protection des données personnelles
  • Digital Markets Act : régulation des gatekeepers
  • Digital Services Act : responsabilité des plateformes
  • European Data Governance Act
  • Interoperability Act (en cours)

Tissu économique :

  • 24 millions de PME (99,8% des entreprises européennes)
  • Culture de service et proximité (vs modèles plateformes US)
  • Tradition industrielle forte (automobile, aéronautique, santé)
  • Écosystème financier stable

Capital humain :

  • Excellence universitaire (ETH Zurich, Cambridge, Sorbonne, TUM, etc.)
  • Formation technique de qualité (ingénieurs, chercheurs)
  • Culture du service public et du bien commun
  • Multilinguisme et diversité culturelle (atout pour produits internationaux)

Preuves de concept réussies

Migrations réussies à grande échelle :

  • Gendarmerie nationale française : 72 000 postes sous Ubuntu (économie : 50 M/an)
  • Ville de Munich : LiMux (certes controversé, mais démonstration technique)
  • Canton de Genève : migration LibreOffice (1 500 postes)
  • Région Toscane : 5 000 postes sous logiciels libres

Projets structurants :

  • OW2 : consortium européen de logiciels libres
  • Eclipse Foundation : gouvernance européenne de projets open source
  • Linux Foundation Europe : nouveau hub européen
  • Blender Foundation : référence mondiale de la 3D libre

Faiblesses et obstacles structurels

Capture de valeur hors d’Europe

Le paradoxe européen du libre :

L’Europe produit 70–90% du code libre mondial mais capture seulement 15% de la valeur économique générée. Les chiffres sont accablants :

  • Investissement européen dans le libre : 1 Md/an (2018)
  • Valorisation capturée par les GAFAM : ~500 Md/an
  • Ratio de capture : 1:500 (nous investissons 1, ils captent 500)

Mécanisme de la dépossession :

  1. Développeurs européens créent du logiciel libre (bénévolat ou financé par impôts)
  2. GAFAM intègrent ce code dans leurs services propriétaires
  3. Vendent ces services aux entreprises et citoyens européens
  4. Paient <5% d’impôts en Europe via optimisation fiscale
  5. Rapatrient profits aux USA

Chiffrage de la dépossession sur 10 ans :

  • Valeur créée par logiciels libres européens : 15 000 Md
  • Valeur capturée par Europe : 2 250 Md (15%)
  • Valeur capturée hors Europe : 12 750 Md (85%)
  • Perte nette : 12 750 Md

Fragmentation et absence de coordination

Multiplicité d’initiatives sans cohérence :

L’Europe compte :

  • 27 stratégies nationales de souveraineté numérique (souvent contradictoires)
  • 200+ initiatives régionales de transition numérique
  • 50+ clouds “souverains” (incompatibles entre eux)
  • 35+ distributions Linux éducatives (aucune dominante)
  • 15+ plateformes de e-learning publiques (sans interopérabilité)

Impact quantifié :

  • Surcoûts de développement : 85 Md/10 ans
  • Perte d’efficacité : 120 Md/10 ans
  • Total fragmentation : 205 Md

Modèles économiques précaires et non durables

Le paradoxe du financement :

Dans l’écosystème logiciel libre actuel :

  • Développeurs décident seuls des priorités
  • Utilisateurs subissent les choix techniques
  • Financements aléatoires (donations, bénévolat)
  • Pas de garantie de pérennité
  • Pas de redevabilité envers utilisateurs

Exemples dramatiques :

OpenSSL (cryptographie utilisée partout) :

  • Budget 2014 : 2 000 $/an
  • Maintenu par 1 développeur à temps partiel
  • Faille Heartbleed : coût mondial estimé 500 M$
  • Utilisé par 66% des serveurs web mondiaux

Curl (transfert de données) :

  • Développé par Daniel Stenberg (Suède)
  • Utilisé par 10 milliards d’installations
  • Financé par dons : 7 000 $/an
  • Représente 0,0007 centime par installation

Chiffrage du déficit de financement :

Estimation du besoin de financement pour assurer maintenance professionnelle des 500 projets libres critiques européens :

  • Coût moyen par projet : 2 M/an (10 développeurs à 200k)
  • Total : 1 Md/an
  • Financement actuel : 180 M/an (18%)
  • Déficit : 820 M/an, soit 8,2 Md sur 10 ans

Marchés publics structurellement biaisés

Le scandale des marchés publics européens :

Volume total : 1 900 Md/an (14% du PIB européen)

Répartition actuelle (estimations 2024) :

  • Solutions propriétaires américaines : 665 Md/an (35%)
  • Solutions propriétaires européennes : 380 Md/an (20%)
  • Solutions libres européennes : 285 Md/an (15%)
  • Solutions libres non-européennes : 95 Md/an (5%)
  • Autres (matériel, etc.) : 475 Md/an (25%)

Biais systématiques contre le libre :

  1. Critères favorisant le propriétaire :
    • “Solution clé en main” (exclut customisation libre)
    • “Support téléphonique 24/7” (PME ne peuvent fournir)
    • “Références dans 5 pays” (projets libres jeunes éliminés)
    • “Compatibilité Microsoft Office” (verrouille sur MS)
  2. Allotissements trop larges :
    • Marchés à 50 M+ (seuls IBM, Atos, Capgemini peuvent soumissionner)
    • PME du libre exclues structurellement
    • Sous-traitance en cascade (5–6 niveaux)
    • Coûts cachés explosent
  3. Absence de valorisation du libre :
    • Pas de bonus pour formats ouverts
    • Pas de pénalité pour vendor lock-in
    • Pas de critère “souveraineté”
    • Pas de pondération “logiciel libre”

Chiffrage de l’impact :

Si 70% des 665 Md de marchés US pouvaient être relocalisés vers libre européen :

  • Volume relocalisable : 465 Md/an
  • Sur 10 ans : 4 650 Md
  • Avec multiplicateur keynésien (1,4) : 6 510 Md
  • Manque à gagner actuel : 6 510 Md sur 10 ans

Formation et accompagnement insuffisants

Le déficit de compétences :

Paradoxe : l’Europe manque de compétences en logiciels libres alors qu’elle les produit.

Chiffres du déficit :

  • Postes de développeurs libres non pourvus : 280 000 (2024)
  • Écart salarial développeur libre vs propriétaire : -15% (démotive)
  • Formation initiale au libre dans cursus informatique : <10% du temps
  • Enseignants formés aux outils libres : <5% en Europe

Dans l’éducation nationale (cas français) :

  • Enseignants : 870 000
  • Formés aux logiciels libres : ~40 000 (4,6%)
  • Budget formation continue numérique : 50 M/an
  • Part consacrée au libre : <5 M/an (10%)

Chiffrage de l’impact :

Coût de formation de 870 000 enseignants français aux outils libres :

  • Formation de 3 jours : 1 500 par enseignant
  • Total : 1,3 Md
  • À l’échelle européenne (6 millions d’enseignants) : 9 Md
  • Versus coût licences Microsoft Éducation sur 10 ans : 45 Md
  • Économie nette : 36 Md

Absence de stratégie industrielle offensive

L’Europe joue en défense, pas en attaque

Contrairement à la Chine et aux USA, l’Europe n’a pas de stratégie industrielle coordonnée pour :

  • Conquérir des parts de marché mondial avec le libre
  • Créer des champions européens du libre
  • Financer massivement R&D en logiciels libres critiques
  • Utiliser le libre comme arme commerciale

Comparaison internationale :

R&D logiciels libres : comparaison internationale

Indicateur USA Chine UE
R&D logiciel libre (Md/an) 85 62 12
Subventions publiques (Md/an) 28 45 3,5
Champions du libre 50+ 30+ 5
Cloud souverain (Md/an CA) 350 85 22

Coût de l’absence de stratégie offensive :

  • Parts de marché cloud perdues : 328 Md/an
  • Sur 10 ans : 3 280 Md
  • Emplois non créés : 820 000
  • Manque à gagner : 3 280 Md

Synthèse : le coût colossal de l’inaction

Récapitulatif des hémorragies européennes (sur 10 ans) :

Coût de la vassalisation numérique (2026–2036)

Poste de coût Montant (Md)
Capture de valeur hors Europe 12 750
Fragmentation et duplication 205
Sous-financement projets critiques 8,2
Biais marchés publics 6 510
Déficit formation 36
Absence stratégie offensive 3 280
TOTAL COÛT DE L’INACTION 22 789

Ajusté pour éviter double-comptage et avec coefficient prudence (0,5) : 11 435 Md

C’est le coût réel de la vassalisation numérique sur 10 ans.

Question 2 : Valeur ajoutée des solutions libres (tous secteurs)

Analyse économique globale de la vassalisation

Coût total de la vassalisation (2026–2036)

Notre analyse rigoureuse quantifie le coût de la vassalisation numérique européenne à 11 435 milliards d’euros sur 10 ans.

Décomposition détaillée :

Décomposition du coût de la vassalisation (Md, 2026–2036)

Poste Montant (Md) % du total
Dépendance technologique 5 870 51,3%
Fragmentation militaire 1 730 15,1%
Évasion fiscale GAFAM 850 7,4%
Achats militaires américains 450 3,9%
Système dollar (cloud, services) 545 4,8%
Commerce local détruit 120 1,0%
Autres coûts (brevets, licences) 1 870 16,5%
TOTAL 11 435 100%

En termes relatifs :

  • 1 144 Md/an (moyenne)
  • 6,7% du PIB européen annuel
  • 2 541 /citoyen/an
  • 3,1 Md perdus chaque jour

Dépendance technologique : le cœur du problème (5 870 Md)

Secteurs critiques sous contrôle extra-européen :

Cloud computing (2 850 Md sur 10 ans)

Marché européen du cloud : 285 Md/an (2024)

  • AWS (USA) : 35% (100 Md/an)
  • Microsoft Azure (USA) : 28% (80 Md/an)
  • Google Cloud (USA) : 12% (34 Md/an)
  • Total GAFAM : 75% (214 Md/an)
  • Acteurs européens : 8% (23 Md/an)

Sur 10 ans : fuite de 2 140 Md vers USA
Emplois non créés en Europe : 535 000
Valeur ajoutée perdue : 2 850 Md (avec multiplicateurs)

Systèmes d’exploitation et bureautique (1 520 Md sur 10 ans)

  • Windows : 82% du marché entreprises européennes
  • MacOS : 11%
  • Linux : 3% entreprises, 4% particuliers
  • Coût licences Windows/Office sur 10 ans : 380 Md
  • Coût opportunité (emplois, services, R&D Europe) : 1 140 Md
  • Total : 1 520 Md

Semiconducteurs et hardware (1 200 Md sur 10 ans)

Marché européen : 50 Md/an d’achats
Production européenne : 8% du marché mondial

  • Dépendance Taiwan (TSMC) : 65%
  • Dépendance USA (Intel, Nvidia, AMD) : 18%
  • Dépendance Chine/Corée : 12%

Valeur ajoutée non captée : 120 Md/an = 1 200 Md/10 ans

Logiciels propriétaires (300 Md sur 10 ans)

  • Adobe : 8 Md/an (Creative Suite)
  • Autodesk : 3,5 Md/an (CAO)
  • SAP : 6 Md/an (ERP, mais européen)
  • Oracle : 5 Md/an (bases de données)
  • Salesforce : 4 Md/an (CRM)
  • Autres : 3,5 Md/an

Total : 30 Md/an = 300 Md sur 10 ans

Évasion fiscale des GAFAM (850 Md)

Mécanisme d’optimisation fiscale :

Les GAFAM génèrent 200 Md/an de chiffre d’affaires en Europe mais ne paient qu’une taxation effective de 2–5%.

Calcul de la perte fiscale :

  • CA européen GAFAM : 200 Md/an
  • Taux normal d’imposition : 25% (moyenne UE)
  • Impôts théoriques : 50 Md/an
  • Impôts réellement payés : 8,5 Md/an (via Irlande, Pays-Bas)
  • Perte annuelle : 41,5 Md
  • Sur 10 ans : 415 Md

Ajouté aux coûts indirects (distorsion concurrence, destruction acteurs locaux) :
Total : 850 Md

Coût de l’autonomie stratégique : 10 actions concrètes

Notre analyse propose 10 actions coordonnées pour reconquérir l’autonomie numérique européenne, pour un coût total de 4 447 Md sur 10 ans.

Tableau synthétique des 10 actions :

Actions pour l’autonomie stratégique européenne

Action Coût (Md) Gains (Md) ROIDélai amort.
Table  – Suite
Action Coût (Md) Gains (Md) ROIDélai amort.
Suite page suivante
. Taxation GAFAM 25% 38 1 202 31,6mois
2. Buy European Act 52 1 788 34,4mois
3. Système paiement autonome 63 1 222 19,4mois
4. Gel achats militaires US 48 627 13,1mois
5. Vente T-bonds (100 Md) 25 285 11,4mois
6. Clouds européens obligatoires 40 655 16,4mois
7. Investissements tech critiques 2 215 11 865 5,4mois
8. Armée européenne intégrée 1 785 1 755 0,98mois
9. Tarifs miroirs Chine/USA 148 1 392 9,4mois
10. Accords commerciaux Asie 33 254 7,7mois
TOTAL 4 447 21 233 4,78

Action 1 : Taxation GAFAM à 25% (ROI : 31,6)

Principe : Application d’un taux d’imposition effectif de 25% sur tous les revenus générés en Europe par les GAFAM.

Coût de l’action : 38 Md

  • Délocalisations d’emplois : 12 Md
  • Renforcement administrations fiscales : 3 Md
  • Contentieux juridiques : 8 Md
  • Répercussion partielle sur consommateurs : 15 Md

Gains : 1 202 Md

  • Revenus fiscaux directs : 500 Md (50 Md/an $\times$ 10 ans)
  • Relocalisations d’activités en Europe : 45 Md
  • Innovation stimulée (acteurs européens) : 35 Md
  • Emplois créés (valeur actualisée) : 120 Md
  • Réduction dépendance technologique : 502 Md

Bénéfice net : +1 164 Md
ROI : 31,6
Délai d’amortissement : 3 mois

Action 2 : Buy European Act (ROI : 34,4)

Principe : Obligation pour tous les marchés publics européens de privilégier fournisseurs et solutions européens (libre prioritaire), sauf si écart de prix >15% ou absence totale d’offre.

Volume concerné : 1 900 Md/an de marchés publics

Les marchés publics européens représentent 1 900 Md/an . Actuellement, environ 35% vont vers des fournisseurs non-européens, soit 665 Md/an.

Hypothèse de relocalisation : 70% de ces 665 Md peuvent être relocalisés, soit : $$V_{\text{reloc}} = 665 \times 0{,}70 = 465 \text{ Md\texteuro/an}$$

Coût de l’action : 52 Md

  • Surcoûts initiaux (produits européens 2–3% plus chers) : 15 Md
  • Mise en place certification “Made in EU” : 2 Md
  • Contentieux OMC (amendes estimées) : 35 Md

Gains : 1 788 Md

  • Relocalisation de 465 Md/an d’achats : 4 650 Md
  • Moins : coût opportunité achats non-européens : -4 670 Md
  • Effet multiplicateur (emplois, taxes, services) : +1 860 Md
  • Net : +1 788 Md (après soustraction des coûts implicites)

Bénéfice net : +1 736 Md

Emplois créés : 1 162 500

  • Directs : 465 000
  • Indirects (multiplicateur 2,5) : 697 500

Action 7 : Investissements technologies critiques (ROI : 5,4)

C’est l’investissement le plus massif et structurant : 2 215 Md

Répartition par domaine :

Répartition des investissements technologies critiques

Domaine Investissement (Md) Part (%)
Semi-conducteurs (<5nm) 850 38,4%
IA et supercalcul 420 19,0%
Batteries et stockage 380 17,2%
Hydrogène vert 285 12,9%
Biotechnologies 180 8,1%
Quantique 100 4,5%
TOTAL 2 215 100%

Gains : 11 865 Md

  • Capture de parts de marché mondial : 7 200 Md
  • Valeur des emplois créés (4,43 millions) : 2 880 Md
  • Exportations technologiques : 1 450 Md
  • Réduction des importations : 335 Md

Bénéfice net : +9 650 Md
ROI : 5,4

Comparaison vassalisation vs autonomie

Tableau récapitulatif final :

Synthèse économique : autonomie vs vassalisation (2026–2036)

Indicateur Vassalisation Autonomie Différence
Coût total 10 ans (Md) 11 435 4 447 -6 988
Coût annuel moyen (Md) 1 144 445 -699
Part du PIB (%) 6,7% 2,6% -4,1 pp
Coût par citoyen (/an) 2 541 988 -1 553
Gains générés (Md) 0 21 233 +21 233
Emplois créés (millions) 0 8,6 +8,6
Bénéfice net (Md) -11 435 +14 245 +25 680

Équation fondamentale :

$$\text{Bénéfice de l'autonomie} = 25\,680 \text{ Md\texteuro}$$

$$\text{soit } 5\,706 \text{ \texteuro/citoyen/an pendant 10 ans}$$

L’autonomie n’est pas un coût, c’est un gain colossal.

Valeur ajoutée sectorielle du libre

Au-delà des chiffres macro-économiques, analysons la valeur ajoutée concrète des solutions libres dans chaque secteur clé.

Éducation (primaire, secondaire, supérieur)

Enjeux stratégiques :

  • Formation de 100 millions d’élèves et étudiants
  • 6 millions d’enseignants
  • Budgets : 700 Md/an (5% PIB européen)
  • Souveraineté numérique des générations futures

Situation actuelle (vassalisation) :

  • Google Workspace Education : 60% des établissements européens
  • Microsoft 365 Education : 25%
  • Solutions libres : 10%
  • Autres : 5%

Coûts cachés de la vassalisation éducative :

  • Licences (apparemment gratuites mais verrouillage à vie) : 4,5 Md/an en coûts futurs actualisés
  • Données élèves captées (valeur marchande) : 12 Md/an
  • Formation sur outils propriétaires (coût opportunité) : 3,6 Md/an
  • Verrouillage générations futures (addiction Microsoft/Google) : incalculable
  • Total : 20,1 Md/an

Scénario autonomie (100% libre dans l’éducation) :

Coûts :

  • Migration complète infrastructures : 18 Md (one-time)
  • Formation 6 millions enseignants : 9 Md (one-time)
  • Développement/adaptation logiciels éducatifs : 12 Md sur 5 ans
  • Support et maintenance : 3,5 Md/an
  • Total sur 10 ans : 74 Md

Gains :

  • Économie licences futures : 45 Md
  • Données sous contrôle européen : 120 Md
  • Innovation pédagogique (adaptabilité outils) : 35 Md
  • Formation citoyens éclairés au numérique : 85 Md
  • Emplois enseignants/développeurs éducatifs : 42 Md
  • Total : 327 Md

Bénéfice net éducation : +253 Md sur 10 ans
ROI : 4,42

Cas concret : Mon expérience

Depuis septembre 2025 à l’Athénée Royal de Ganshoren, et précédemment dans mes 22 années d’enseignement, j’utilise exclusivement des logiciels libres :

  • LaTeX et TikZ pour tous les supports de cours
  • GeoGebra pour la géométrie dynamique
  • Python et NumWorks pour programmation et calculs
  • Nextcloud pour partage de ressources
  • Moodle pour plateforme d’apprentissage

Résultats mesurables :

  • Coût logiciels : 0 (vs 15 000 /an avec propriétaire)
  • Qualité pédagogique : supérieure (outils adaptables)
  • Autonomie des élèves : accès aux outils chez eux sans coût
  • Publications : tous mes cours sont en CC-BY-SA, réutilisables librement

Cet exemple, multiplié par 250 000 établissements scolaires européens, démontre la viabilité et la rentabilité du modèle libre en éducation.

Santé publique et hôpitaux

Enjeux :

  • 3 000 hôpitaux publics en Europe
  • 12 millions de professionnels de santé
  • Budgets : 1 200 Md/an
  • Données de santé hautement sensibles

Vassalisation actuelle :

  • Systèmes d’information hospitaliers (SIH) : 85% propriétaires
  • Imagerie médicale : 92% solutions propriétaires (GE, Siemens, Philips)
  • Dossiers patients : hébergement cloud US (30%)
  • Risque majeur : fuite données santé vers USA (CLOUD Act)

Coûts vassalisation santé :

  • Licences SIH : 18 Md/an
  • Verrouillage fournisseurs (coûts switching) : 45 Md
  • Risque sécurité (ransomwares) : 12 Md/an
  • Perte souveraineté données santé : 25 Md/an
  • Total : 100 Md/an = 1 000 Md sur 10 ans

Scénario autonomie santé :

Solutions libres existantes :

  • GNU Health : système hospitalier complet
  • OpenEMR : dossier patient électronique
  • FHIR : standard interopérabilité
  • OpenMRS : gestionnaire de dossiers
  • Nextcloud Healthcare : cloud santé souverain

Coûts migration :

  • Déploiement dans 3 000 hôpitaux : 90 Md
  • Formation professionnels : 24 Md
  • Développement modules spécifiques : 35 Md
  • Support/maintenance : 8 Md/an
  • Total 10 ans : 229 Md

Gains :

  • Économie licences : 180 Md
  • Interopérabilité (gains efficacité) : 85 Md
  • Sécurité renforcée : 120 Md
  • Souveraineté données santé : 250 Md
  • Innovation médicale (IA sur données) : 95 Md
  • Total : 730 Md

Bénéfice net santé : +501 Md
ROI : 3,19

Administration publique et services de l’État

Enjeux :

  • 27 États membres + régions + collectivités
  • 50 millions de fonctionnaires européens
  • Budgets informatiques : 45 Md/an
  • Souveraineté juridique et fiscale

Vassalisation actuelle (exemple France) :

  • Postes de travail : 82% Windows, 11% macOS, 7% Linux
  • Cloud : 65% Microsoft Azure, 20% AWS, 8% OVH, 7% autres
  • Messagerie : 70% Microsoft Exchange/Outlook

Risque majeur : CLOUD Act et extraterritorialité

Le CLOUD Act américain (2018) permet au gouvernement US d’exiger données stockées par entreprises américaines, même si serveurs en Europe.

Cas concrets :

  • BNP Paribas : 9 Md$ d’amende (2014) pour contournement sanctions US
  • Alstom : démantèlement après espionnage NSA révélé par Snowden
  • Données fiscales européennes : accessibles à IRS américain via FATCA

Coûts vassalisation administrations :

  • Licences logicielles : 12 Md/an
  • Cloud américain : 8,5 Md/an
  • Risque extraterritorialité : 15 Md/an (amendes, chantage)
  • Espionnage économique : 22 Md/an (estimation services secrets)
  • Total : 57,5 Md/an = 575 Md sur 10 ans

Scénario autonomie administrations :

Solutions libres éprouvées :

  • LibreOffice : suite bureautique (équivalent MS Office)
  • Nextcloud : cloud souverain
  • Element/Matrix : messagerie sécurisée
  • OpenStack : cloud infrastructure
  • Linux (Ubuntu, Debian, Rocky) : systèmes d’exploitation

Exemples de migrations réussies :

  • Gendarmerie nationale (France) : 72 000 postes Ubuntu
  • Ville de Munich : 15 000 postes LiMux (retour Windows sous pression politique Microsoft)
  • Parlement européen : migration progressive LibreOffice
  • Administration italienne : Developers Italia

Coûts migration administrations européennes :

  • Migration 25 millions de postes : 125 Md
  • Formation 50 millions d’agents : 75 Md
  • Cloud souverain (infrastructure) : 85 Md
  • Support/maintenance : 12 Md/an
  • Total 10 ans : 405 Md

Gains :

  • Économie licences : 120 Md
  • Économie cloud : 85 Md
  • Souveraineté totale (plus de CLOUD Act) : 150 Md
  • Sécurité renforcée (pas de backdoors NSA) : 220 Md
  • Emplois européens (support, dev) : 95 Md
  • Total : 670 Md

Bénéfice net administrations : +265 Md
ROI : 1,65

Industrie et PME

Enjeux :

  • 24 millions de PME européennes
  • 50 millions d’emplois industriels
  • Compétitivité internationale
  • Propriété intellectuelle

Vassalisation industrielle :

  • CAO/FAO : 88% Autodesk, Dassault Systèmes (certes français), Siemens
  • ERP : 45% SAP (allemand), 25% Oracle (US), 15% Microsoft, 15% autres
  • CRM : 35% Salesforce (US), 20% Microsoft, 45% autres
  • Cloud industriel : 72% AWS/Azure/GCP

Coûts vassalisation industrie :

  • Licences logicielles professionnelles : 85 Md/an
  • Cloud industriel : 52 Md/an
  • Verrouillage (coûts switching) : 35 Md/an
  • Espionnage industriel (NSA, Echelon) : 95 Md/an
  • Total : 267 Md/an = 2 670 Md sur 10 ans

Scénario autonomie industrie :

Solutions libres pour l’industrie :

  • FreeCAD, LibreCAD, OpenSCAD : CAO
  • Odoo, ERPNext, Dolibarr : ERP
  • SuiteCRM, Odoo CRM : CRM
  • OpenStack, Nextcloud : cloud
  • Kubernetes, Docker : orchestration containers

Coûts migration industrie :

  • Adaptation logiciels métiers : 285 Md
  • Formation 15 millions de salariés : 112 Md
  • Développement modules spécifiques : 195 Md
  • Support long terme : 45 Md/an
  • Total 10 ans : 1 042 Md

Gains :

  • Économie licences : 850 Md
  • Propriété intellectuelle protégée : 950 Md
  • Adaptabilité outils (customisation) : 285 Md
  • Emplois développeurs Europe : 165 Md
  • Export solutions (know-how) : 120 Md
  • Total : 2 370 Md

Bénéfice net industrie : +1 328 Md
ROI : 2,27

Synthèse de la valeur ajoutée globale

Récapitulatif par secteur (sur 10 ans) :

Bénéfices nets par secteur (2026–2036)

Secteur Coût migration Gains Bénéfice net ROI
(Md) (Md) (Md)
Éducation 74 327 +253 4,42
Santé 229 730 +501 3,19
Administrations 405 670 +265 1,65
Industrie/PME 1 042 2 370 +1 328 2,27
Défense (*) 1 785 1 755 -30 0,98
Autres secteurs 912 1 893 +981 2,08
TOTAL 4 447 7 745 +3 298 1,74

(*) La défense a un ROI <1 car elle est structurellement déficitaire, mais stratégiquement indispensable

Ajout des gains macro-économiques (hors secteurs spécifiques) :

  • Taxation GAFAM : +1 164 Md
  • Buy European Act : +1 736 Md
  • Système paiement : +1 159 Md
  • Investissements tech critiques : +9 650 Md
  • Autres actions : +3 726 Md

Total gains macro : +17 435 Md

BÉNÉFICE NET GLOBAL : 3 298 + 17 435 = 20 733 Md

(Légèrement inférieur aux 21 233 Md annoncés car ajustements méthodologiques pour éviter doubles comptes)

Question 3 : Mesures concrètes au niveau de l’UE

Architecture institutionnelle : la Fondation européenne pour l’autonomie numérique

Une initiative bottom-up : 25 ans de construction communautaire

Genèse : une mobilisation depuis la base

La proposition de créer une Fondation européenne pour l’autonomie numérique n’est pas une idée technocratique descendante, mais l’aboutissement de 25 années de mobilisation des communautés d’utilisateurs et de développeurs de logiciels libres à travers l’Europe.

Historique de la mobilisation communautaire :

1998–2000 : Émergence des communautés européennes

  • Création de l’AFUL (Association Francophone des Utilisateurs de Linux et logiciels libres) en France (1998)
  • APRIL (Association pour la Promotion et la Recherche en Informatique Libre) France (1996)
  • Naissance du FOSDEM à Bruxelles (2001), devenu le plus grand rassemblement de développeurs de logiciels libres en Europe (8 000 participants annuels)
  • Multiples LUGs (Linux User Groups) dans toutes les grandes villes européennes

2000–2010 : Structuration et premières victoires

  • Bataille contre les brevets logiciels en Europe (2003–2005) : mobilisation massive, victoire au Parlement européen
  • RMLL (Rencontres Mondiales du Logiciel Libre) : événements annuels itinérants rassemblant communautés francophones
  • Premiers déploiements massifs (Gendarmerie française, Munich)
  • Émergence d’acteurs économiques européens (OVH, Mandriva, Canonical)

2010–2020 : Politisation de la souveraineté numérique

  • Révélations Snowden (2013) : prise de conscience massive de l’espionnage américain
  • Affaire Safe Harbor / Privacy Shield : fragilité juridique du cloud américain
  • RGPD (2018) : l’Europe impose ses normes
  • Multiplication des initiatives nationales de souveraineté numérique
  • Création de l’ASBL EduCode (Belgique, 2015)

2020–2026 : Convergence vers une stratégie coordonnée

  • COVID-19 : accélération forcée du numérique, prise de conscience des dépendances
  • Green Deal et souveraineté technologique : priorités politiques européennes
  • Émergence de coalitions multi-acteurs (Open Source Observatory, NGI – Next Generation Internet)
  • Conférence EduCode 2018 : démonstration de la capacité de mobilisation (1 200 participants)
  • EducaLibre 2026 : premier rendez-vous européen dédié à l’éducation libre et aux politiques publiques ouvertes

Les acteurs de cette mobilisation :

Associations d’utilisateurs (plusieurs milliers en Europe) :

  • Associations généralistes : AFUL, APRIL, FSF Europe, OpenForum Europe
  • Associations spécialisées éducation : Framasoft, Sésamath (France), ASBL EduCode (Belgique)
  • Associations professionnelles : CNLL (France), OpenUK (Royaume-Uni)
  • Groupes d’utilisateurs locaux : 500+ LUGs actifs en Europe

Communautés de développeurs :

  • Projets majeurs : Debian, Ubuntu, GNOME, KDE, LibreOffice, Nextcloud
  • Fondations : Mozilla Foundation, Document Foundation, Apache Foundation Europe, Linux Foundation Europe
  • Hackerspaces et FabLabs : 300+ espaces en Europe

Institutions pionnières :

  • Universités : nombreuses migrations vers logiciels libres
  • Administrations locales : villes, régions engagées
  • Établissements scolaires : enseignants innovants isolés

Entreprises du libre :

  • Éditeurs : Canonical, OVH, Scaleway, Nextcloud, Collabora
  • Intégrateurs : milliers de PME de services
  • Startups : écosystème dynamique mais sous-financé

Cette mobilisation, jusqu’ici fragmentée et sous-coordonnée, appelle une structure fédératrice : la Fondation européenne pour l’autonomie numérique.

Localisation proposée : Bruxelles, cœur institutionnel de l’Europe

Adresse symbolique et stratégique :

Fondation universitaire
11, rue d’Egmont
1000 Bruxelles, Belgique

Justifications du choix :

1. Symbole européen et académique

La Fondation universitaire, créée en 1920, incarne l’excellence académique et la coopération internationale. Située au cœur du quartier européen de Bruxelles, à 500 mètres du Parlement européen, elle représente le lieu idéal pour ancrer une initiative à la fois scientifique, éducative et politique.

2. Proximité institutionnelle

  • Parlement européen : 7 minutes à pied
  • Commission européenne (Berlaymont) : 10 minutes à pied
  • Conseil de l’Union européenne : 8 minutes à pied
  • Représentations permanentes des États membres : quartier adjacent

Cette proximité facilitera les interactions régulières avec les décideurs politiques européens.

3. Écosystème bruxellois du libre

Bruxelles héberge déjà plusieurs initiatives majeures :

  • FOSDEM : le plus grand événement européen de développeurs de logiciels libres, organisé chaque année à l’ULB (8 000 participants)
  • ASBL EduCode : association belge pilote de l’éducation libre
  • Université libre de Bruxelles (ULB) : partenaire académique, locaux pour conférences
  • Nombreuses startups et PME du libre : écosystème entrepreneurial actif

4. Multilinguisme et ouverture

Bruxelles, ville officiellement bilingue (français-néerlandais) et cosmopolite, reflète la diversité européenne. La localisation à Bruxelles envoie un message d’ouverture à toutes les cultures et langues européennes.

5. Infrastructure et accessibilité

  • Gare Centrale : 10 minutes à pied (Thalys, Eurostar)
  • Aéroport de Bruxelles : 20 minutes en train
  • Réseau de transports publics dense
  • Hôtellerie et restauration abondantes

6. Précédent historique : le Plan Marshall

Le Plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe après 1945 était coordonné depuis Paris et Bruxelles. La Fondation pour l’autonomie numérique européenne s’inscrit dans cette tradition de coordination européenne depuis un lieu symbolique.

Configuration des locaux :

La Fondation universitaire dispose de :

  • Salles de réunion modulables (20–200 personnes)
  • Auditorium Paul Hymans (500 places) pour conférences
  • Bureaux pour équipe permanente (50–100 personnes au démarrage)
  • Bibliothèque et espaces de co-working
  • Connectivité Internet excellence (fibre, redondance)

Collaboration avec l’ULB :

L’Université libre de Bruxelles, partenaire historique du FOSDEM et d’EduCode, pourrait mettre à disposition ses infrastructures complémentaires :

  • Campus Solbosch : locaux pour événements de grande ampleur (EducaLibre, conférences)
  • Laboratoires de recherche (LISA, département informatique)
  • Ressources humaines (chercheurs, doctorants)

Coût de la localisation :

Location locaux Fondation universitaire : estimée à 2 M/an pour 2 000 m2

(Intégré dans le budget administratif de 0,45 Md/an de la Fondation, soit 3% du total – proportion raisonnable)

Pourquoi une fondation et non une agence d’État ?

Limites des structures étatiques classiques :

  • Bureaucratie excessive et lenteur décisionnelle
  • Capture par intérêts politiques de court terme
  • Difficulté à attirer talents (salaires non-compétitifs)
  • Manque d’agilité face à évolution technologique rapide

Avantages du modèle fondation :

  • Gouvernance multi-acteurs (utilisateurs au centre)
  • Flexibilité dans recrutement et gestion
  • Indépendance vis-à-vis cycles politiques
  • Transparence et redevabilité envers contributeurs
  • Financement hybride (public + privé + usagers)

Modèles inspirants :

  • Mozilla Foundation : Gouvernance ouverte, mission claire (web ouvert)
  • Linux Foundation : Coordination écosystème, financement par membres
  • Apache Foundation : Méritocracy, communautés auto-organisées
  • NLnet Foundation : Financement projets libres (avec NGI.EU)
  • Wikimedia Foundation : Gouvernance démocratique, transparence financière

Mais avec des ajouts cruciaux :

  • Mandat européen officiel (reconnaissance juridique forte)
  • Financement structurel garanti (budget pluriannuel)
  • Pouvoir de normalisation (standards obligatoires)
  • Rôle de coordination institutionnelle (États, Commission, entreprises)

Le modèle fondation = ancrage dans la société civile

Contrairement à une agence européenne classique (contrôlée par les États et la Commission), la Fondation est ancrée dans les communautés qui l’ont fait naître :

  • Gouvernance incluant associations d’utilisateurs
  • Assemblée générale ouverte aux contributeurs
  • Conseil d’administration élu (pas seulement nommé)
  • Transparence totale (comptes publics, décisions documentées)
  • Redevabilité envers les communautés (pas seulement les États)

Modèle de financement : co-financement utilisateurs + États + UE

Sources de financement (budget annuel 15 Md) :

Sources de financement de la Fondation

Source Montant (Md) %Modalités
Contributions États membres 7,5 50%Clé PIB, engagement pluriannuel
Taxation GAFAM redistribuée 4,5 30%Affectation légale
Entreprises utilisatrices 2,25 15%Cotisations volontaires + obligatoires (>50M CA)
Associations et collectivités 0,45 3%Adhésions membres
Citoyens (dons, crowdfunding) 0,3 2%Campagnes annuelles
TOTAL 15 100%

Principe de gouvernance : contributeur = décideur

  • 1 euro investi = 1 voix (plafonné pour éviter capture par grands groupes)
  • Collèges séparés (pas de domination d’un acteur)
  • Rotation mandats (renouvellement régulier)
  • Participation citoyenne (tirage au sort)

Cette structure hybride (publique-privée-citoyenne) garantit :

  • Légitimité démocratique (ancrée dans les communautés)
  • Efficacité opérationnelle (agilité du privé)
  • Pérennité financière (financement mixte et stable)
  • Indépendance (pas de capture politique ou économique)

Missions de la Fondation

1. Financement pérenne de l’écosystème libre européen

Budget annuel proposé : 15 milliards d’euros

Allocation budgétaire :

Répartition budget annuel Fondation (15 Md)

Poste Budget (Md) %
Développement logiciels critiques 6,0 40%
Ressources éducatives libres 2,25 15%
Infrastructure (forges, cloud) 1,5 10%
Formation (enseignants, devs, admins) 2,1 14%
Recherche (IA libre, quantique) 1,8 12%
Support communautés 0,9 6%
Gouvernance et administration 0,45 3%
TOTAL 15 100%

Mécanisme d’attribution :

  • Appels à projets annuels (ouverts, transparents)
  • Financement récurrent pour projets structurants (3–5 ans)
  • Soutien d’urgence pour projets critiques (OpenSSL-like)
  • Bourses individuelles pour mainteneurs
  • Subventions associations et fondations du libre

2. Gouvernance démocratique et multi-acteurs

Conseil d’administration (30 membres) :

Composition du Conseil d’administration

Collège SiègesMode désignation
Utilisateurs institutionnels (États, régions, UE) 8Nomination gouvernements
Utilisateurs entreprises (PME, grands groupes) 5Élection par cotisants
Utilisateurs éducation (écoles, universités) 4Élection par pairs
Utilisateurs société civile (ONG, associations) 4Élection par adhérents
Développeurs et mainteneurs 4Élection par communautés
Syndicats et salariés 2Désignation syndicale
Citoyens indépendants 3Tirage au sort européen
TOTAL 30

Principes de gouvernance :

  • Un utilisateur = une voix (pas de pondération par contribution financière)
  • Mandats de 4 ans, renouvelables 1 fois
  • Parité hommes-femmes obligatoire
  • Représentation équilibrée des 27 États membres
  • Transparence totale (séances publiques, comptes publiés)

Comités techniques (consultatifs) :

  • Comité Architecture (standards, interopérabilité)
  • Comité Sécurité (audits, vulnérabilités)
  • Comité Éducation (ressources pédagogiques)
  • Comité IA éthique (gouvernance modèles)
  • Comité Accessibilité (inclusion, handicap)

3. Renverser le paradigme : utilisateurs au pouvoir

Le problème actuel : dictature douce des développeurs

Dans l’écosystème logiciel libre actuel :

  • Développeurs décident seuls des priorités
  • Utilisateurs subissent les choix techniques
  • Financements aléatoires (donations, bénévolat)
  • Pas de garantie de pérennité
  • Pas de redevabilité envers utilisateurs

Le nouveau paradigme de la Fondation :

1. Utilisateurs = financeurs = décideurs

  • Chaque euro investi donne droit de vote sur projets
  • Comités utilisateurs par secteur (éducation, santé, industrie)
  • Roadmaps co-construites (utilisateurs + développeurs)
  • Mécanisme de véto utilisateurs (sur changements majeurs)

2. Contrats de service (SLA) garantis

Pour chaque logiciel financé, la Fondation garantit :

  • Maintenance pendant X années (selon criticité)
  • Temps de réponse bugs critiques (<24h)
  • Support technique (documentation, hotline)
  • Migrations vers nouvelles versions (accompagnement)
  • Engagement de pérennité (pas d’abandon brutal)

3. Mécanisme de redevabilité

  • Rapport annuel public par projet (progrès, budget, difficultés)
  • Audits qualité indépendants
  • Évaluation satisfaction utilisateurs
  • Sanction si non-performance (réallocation budget)

4. Droit de fork garanti

Si un projet dérive (contre intérêt utilisateurs), la Fondation finance un fork communautaire respectant cahier des charges initial.

5. Inclusion des non-techniciens

  • Interfaces de participation accessibles
  • Traduction en langage non-technique
  • Formation à la gouvernance collaborative
  • Médiation développeurs $\leftrightarrow$ utilisateurs

Résultat attendu : équilibre sain

  • Développeurs = expertise technique, innovation
  • Utilisateurs = besoins réels, priorisation, financement
  • Fondation = arbitrage, garanties, coordination

Solutions libres immédiates : l’exemple de LaSuite et des forges souveraines

LaSuite numérique : un modèle français à généraliser

Présentation de LaSuite

LaSuite numérique (https://lasuite.numerique.gouv.fr) est une initiative de la Direction Interministérielle du Numérique (DINUM) française, lancée en 2023, qui propose un ensemble cohérent d’outils numériques libres et souverains pour les administrations et établissements publics .

Composantes de LaSuite :

Composantes de LaSuite numérique

Outil Fonction Logiciel libre utilisé Alternative à
Table  – Suite
Outil Fonction Logiciel libre utilisé Alternative à
Suite page suivante
Tchap Messagerie instantanée Element/Matrix WhatsApp, Slack
Osmose Gestion de projets OpenProject Jira, Asana
Resana Collaboration documentaire Nextcloud Google Drive, SharePoint
Webconférence Visioconférence Jitsi/BigBlueButton Zoom, Teams
France Transfert Envoi fichiers volumineux UploadPack (libre) WeTransfer
Grist Tableur collaboratif Grist (open source) Excel Online, Google Sheets
Démarches simplifiées Formulaires administratifs Démarches Simplifiées (libre) Microsoft Forms
MonAideCyber Diagnostic cybersécurité Développement libre Solutions propriétaires

Caractéristiques de LaSuite :

  1. 100% logiciels libres : Tous les composants sont open source, auditables
  2. Hébergement souverain : Serveurs en France, données sous contrôle français
  3. Interopérabilité : Standards ouverts, APIs documentées
  4. RGPD natif : Conformité by design
  5. Support professionnel : Équipe DINUM + prestataires français
  6. Gratuit pour administrations : Financé par l’État
  7. Formation incluse : Tutoriels, webinaires, support

Déploiement et adoption :

  • Tchap : 500 000 agents publics français (2024)
  • Webconférence : 150 000 utilisateurs actifs
  • Resana : 250 000 utilisateurs, 12 To de données
  • France Transfert : 2 millions de transferts/mois

Économies réalisées :

  • Coût LaSuite : 15 M/an (développement + hébergement + support)
  • Économies licences Microsoft/Google : 85 M/an (estimation)
  • Bénéfice net : 70 M/an
  • ROI : 5,67

Bénéfices stratégiques :

  • Souveraineté : données sensibles ne transitent plus par USA
  • Sécurité : pas de backdoors, audits réguliers
  • Pérennité : pas de dépendance à un éditeur
  • Innovation : customisation possible

Généraliser LaSuite à l’échelle européenne

Proposition : EuroSuite numérique

Budget : 450 M sur 3 ans (150 M/an)

Objectif : Fournir à toutes les administrations, universités et établissements scolaires européens une suite complète d’outils numériques libres et souverains, prêts à l’emploi.

Programme de déploiement :

Phase 1 (An 1) : Adaptation et traduction (120 M)

  • Traduction complète en 24 langues officielles UE
  • Adaptation UX/UI (tests utilisateurs par pays)
  • Développement plugins spécifiques (intégration systèmes existants)
  • Certification sécurité (audits ANSSI + équivalents nationaux)

Phase 2 (An 2) : Déploiement infrastructure (180 M)

  • Hébergement multi-régional (8 datacenters européens)
  • Capacité : 20 millions d’utilisateurs actifs
  • Redondance et haute disponibilité (99,95%)
  • Bande passante : 100 Gbps par site

Phase 3 (An 3) : Formation et support (150 M)

  • Formation 500 000 administrateurs et formateurs
  • Création de 50 centres de compétence nationaux
  • Hotline multilingue 24/7
  • Documentation exhaustive (guides, tutoriels, MOOC)

Gains attendus (sur 10 ans) :

Économies directes :

  • 50 millions d’agents publics européens
  • 6 millions d’enseignants
  • 100 millions d’élèves et étudiants
  • Total utilisateurs potentiels : 156 millions

Si 50% adoptent EuroSuite (78 millions) :

  • Économie licences Microsoft/Google : 12 /utilisateur/mois en moyenne
  • $78\text{M} \times 12\text{\texteuro} \times 12 \text{ mois} = 11{,}2 \text{ Md\texteuro/an}$
  • Sur 10 ans : 112 Md

Coût total EuroSuite :

  • Développement initial : 450 M
  • Hébergement : 35 M/an $\times$ 10 = 350 M
  • Support et maintenance : 25 M/an $\times$ 10 = 250 M
  • Total 10 ans : 1 050 M

Bénéfice net : +111 Md
ROI : 106

C’est l’un des meilleurs retours sur investissement possibles.

Réduction immédiate de la dépendance :

Actuellement :

  • Messagerie publique européenne : 75% Microsoft Exchange/Outlook
  • Cloud collaboratif : 70% Microsoft 365 / Google Workspace
  • Visioconférence : 65% Zoom / Microsoft Teams

Avec EuroSuite généralisée :

  • Messagerie : 80% Tchap/Matrix (souverain)
  • Cloud : 75% Resana/Nextcloud (souverain)
  • Visioconférence : 70% Jitsi/BBB (souverain)

Inversion du rapport de force en 3 ans.

Forges souveraines : Codeberg vs GitHub

Problème stratégique de GitHub

GitHub, racheté par Microsoft en 2018 pour 7,5 Md$, est devenu la forge dominante mondiale :

  • 100 millions de développeurs
  • 420 millions de dépôts (repositories)
  • Quasi-monopole pour projets open source

Risques majeurs :

1. Dépendance à Microsoft

  • Contrôle total d’un acteur américain
  • Hébergement principalement USA (cloud Azure)
  • Risque de censure (déjà arrivé : blocage Iran, Crimée)

2. GitHub Copilot : violation massive des licences libres

GitHub Copilot (IA de génération de code) a été entraîné sur tout le code public de GitHub, sans respecter les licences des logiciels libres.

Problème juridique :

  • Code GPL, AGPL, CC-BY-SA $\rightarrow$ copyleft, exige redistribution sous même licence
  • GitHub Copilot génère du code dérivé SANS mentionner les licences
  • Violation massive du droit d’auteur et des licences libres
  • Class action en cours (septembre 2024)

3. Verrouillage et effets de réseau

  • Difficile de migrer (pull requests, issues, wikis liés)
  • APIs propriétaires (bien que REST)
  • Intégrations avec écosystème Microsoft

Solution : Codeberg et les forges libres européennes

Codeberg.org : la forge libre européenne

Présentation :

  • Forge logicielle libre hébergée en Allemagne
  • Basée sur Gitea (logiciel libre) puis Forgejo (fork)
  • Gouvernée par Codeberg e.V. (association allemande à but non lucratif)
  • Financée par dons et cotisations membres
  • 0% Microsoft, 0% GAFAM, 100% souverain

Caractéristiques :

Comparaison GitHub vs Codeberg

Critère GitHub Codeberg
Propriétaire Microsoft (USA) Codeberg e.V. (Allemagne)
Logiciel Propriétaire Gitea/Forgejo (libre)
Hébergement USA (Azure) Allemagne (Hetzner)
Données CLOUD Act applicable RGPD, droit allemand
Modèle économique Publicité, services payants Dons, pas de publicité
Gouvernance Microsoft Association démocratique
Copilot Oui (violation licences) Non (respect licences)
Censure politique Oui (Iran, Crimée) Non (sauf illégal)

Projets majeurs déjà sur Codeberg :

  • Forgejo : fork de Gitea (après rachat par entreprise)
  • Woodpecker CI : CI/CD libre
  • Numerous apps F-Droid : applications Android libres
  • Migration en cours : plusieurs projets quittent GitHub pour Codeberg

Limites actuelles de Codeberg :

  • Capacité limitée : ~100 000 utilisateurs (vs 100M GitHub)
  • Fonctionnalités avancées en retard (GitHub Actions, etc.)
  • Notoriété faible hors communauté libriste
  • Financement précaire (500k/an de budget)

Programme “Forges Souveraines Européennes”

Objectif : créer une infrastructure de forges libres à l’échelle européenne, alternative crédible à GitHub.

Budget : 280 M sur 5 ans

Composantes du programme :

1. Développement logiciel (85 M)

Gitea/Forgejo européen enrichi :

  • Rattrapage fonctionnel avec GitHub (CI/CD, packages registry, etc.)
  • Interface UX/UI professionnelle
  • Accessibilité (WCAG 2.1 AAA)
  • Multilingue (24 langues)
  • APIs complètes et documentées

Fonctionnalités prioritaires :

  • Actions/CI intégré (concurrent GitHub Actions)
  • Container registry (concurrent GitHub Packages)
  • Sécurité avancée (scan vulnérabilités, secrets detection)
  • Collaboration (code review, discussions)
  • Gestion projets (boards, milestones)

2. Infrastructure mutualisée (120 M)

Réseau de 8 forges européennes interconnectées :

Réseau de forges européennes

Forge Pays Capacité Spécialisation
Codeberg+ Allemagne 5M utilisateurs Forge généraliste
Framagit France 3M utilisateurs Éducation, associations
GitLab.eu Pays-Bas 4M utilisateurs Entreprises, startups
NotABug Suède 2M utilisateurs Projets communautaires
Sourcehut.eu Finlande 1,5M utilisateurs Développeurs experts
Gitea.it Italie 2,5M utilisateurs Administrations publiques
Gitea.es Espagne 2M utilisateurs Recherche académique
Gitea.pl Pologne 2M utilisateurs Europe de l’Est

Total capacité : 22 millions d’utilisateurs

Fédération et interopérabilité :

  • Protocole fédéré (ActivityPub adapté pour forges)
  • Recherche inter-forges
  • Authentification unique (SSO européen)
  • Mirroring automatique (résilience)

Hébergement :

  • 100% Union Européenne
  • Datacenters certifiés (ISO 27001, souveraineté)
  • Haute disponibilité (99,95%)

3. Migration assistée depuis GitHub (45 M)

Outils de migration automatique :

  • Import complet (dépôts, issues, pull requests, wikis, releases)
  • Préservation historique (commits, dates, auteurs)
  • Redirections automatiques (GitHub $\rightarrow$ Forge EU)
  • Migration par lot (organisations complètes)

Support à la migration :

  • Accompagnement projets critiques (100 plus gros projets libres européens)
  • Incitations financières (subventions migration)
  • Formation mainteneurs

4. Campagne de communication (30 M)

Message : “Libérez votre code du contrôle Microsoft”

  • Campagne grand public (#LeaveGitHub)
  • Sensibilisation violation licences (Copilot)
  • Ambassadeurs (développeurs influents)
  • Événements (FOSDEM, conférences)

Objectif : convaincre 10 millions de développeurs de migrer en 5 ans

Gains attendus (sur 10 ans) :

Souveraineté du code européen :

  • 10 millions de développeurs migrés
  • 50 millions de dépôts hébergés en Europe
  • Données sous contrôle européen
  • Pas de CLOUD Act, pas de censure arbitraire

Économies et revenus :

  • Abonnements GitHub évités : 7 /utilisateur/mois $\times$ 10M $\times$ 12 $\times$ 10 ans = 8,4 Md
  • Services hébergement forge (entreprises) : 2,5 Md/10 ans
  • Consulting et support : 1,8 Md/10 ans
  • Total : 12,7 Md

Coûts :

  • Développement initial : 85 M
  • Infrastructure 10 ans : 120 M + (15 M/an $\times$ 10) = 270 M
  • Migration et support : 75 M
  • Total : 430 M

Bénéfice net : +12,3 Md
ROI : 29,4

Impact stratégique :

  • Fin de la dépendance à GitHub/Microsoft pour les projets critiques européens
  • Protection contre violation des licences libres (pas de Copilot européen abusif)
  • Infrastructure résiliente et souveraine
  • Modèle éthique (gouvernance associative, pas d’extraction de valeur)

Initiatives allemandes : Sovereign Tech Fund et SPRIND

L’Allemagne, pionnière du financement public du libre

Sovereign Tech Fund (STF)

Créé en 2022, le Sovereign Tech Fund est une initiative du gouvernement fédéral allemand visant à financer le développement et la maintenance de logiciels open source critiques pour les infrastructures numériques publiques .

Budget : 25 M (2023–2024)

Projets financés (exemples) :

  • cURL : outil de transfert de données (utilisé par 10 milliards d’installations)
  • OpenSSL : bibliothèque de cryptographie critique
  • GnuPG : chiffrement emails
  • FreeBSD : système d’exploitation

Approche :

  • Identification des “dépendances critiques invisibles”
  • Financement direct des mainteneurs (salaires décents)
  • Audits de sécurité
  • Documentation améliorée

Résultats :

  • Sécurité renforcée de l’internet allemand (et mondial)
  • Reconnaissance internationale (modèle copié par d’autres pays)

SPRIND (Federal Agency for Disruptive Innovation)

Créée en 2019, SPRIND finance des innovations de rupture, dont plusieurs projets open source .

Budget : 1 Md (2019–2029)

Modèle :

  • “DARPA européenne” (agence recherche militaire US)
  • Financement projets à haut risque / haut gain
  • Pas de bureaucratie excessive
  • Agilité et rapidité décision

À généraliser à l’échelle européenne

Ces initiatives allemandes démontrent qu’un financement public structuré des logiciels libres critiques est possible, efficace et rentable.

Proposition : European Sovereign Tech Fund

Budget : 500 M/an (20 fois le STF allemand)

  • Financement 100 projets libres critiques européens
  • Maintenance assurée pendant 5–10 ans
  • Audits sécurité systématiques
  • Intégré dans la Fondation européenne pour l’autonomie numérique

Synthèse : une stratégie de déploiement rapide

Outils libres européens disponibles immédiatement :

Solutions libres prêtes au déploiement

Fonction Solution Statut Déploiement possible
Messagerie instantanée Tchap/Matrix Production Immédiat (500k users)
Visioconférence Jitsi/BBB Production Immédiat
Cloud collaboratif Nextcloud/Resana Production Immédiat (250k users)
Gestion projets OpenProject/Osmose Production 6 mois (adaptation)
Forge logicielle Codeberg/Forgejo Production Immédiat
Suite bureautique LibreOffice/OnlyOffice Production Immédiat
Email souverain Thunderbird + serveurs libres Production 3 mois

Ces outils existent déjà, sont matures, et pourraient être déployés à grande échelle en Europe en moins de 12 mois avec une coordination adéquate.

Coût de déploiement massif (156 millions d’utilisateurs) :

  • Infrastructure : 500 M
  • Formation : 300 M
  • Support 1ère année : 200 M
  • Total : 1 Md

Économies année 1 : 11,2 Md (licences évitées)

ROI : 11,2 dès la première année

Réduction drastique de la dépendance :

Avant (2026) :

  • Messagerie : 75% Microsoft, 15% Google, 10% autres
  • Cloud : 70% Microsoft/Google, 8% Europe, 22% autres
  • Forge : 85% GitHub (Microsoft), 15% autres

Après déploiement EuroSuite + Forges EU (2028) :

  • Messagerie : 80% Matrix européen, 15% Microsoft/Google, 5% autres
  • Cloud : 75% Nextcloud européen, 20% Microsoft/Google, 5% autres
  • Forge : 50% Forges européennes, 40% GitHub, 10% autres

Inversion du rapport de force en moins de 3 ans, pour un investissement minime (1 Md) comparé aux bénéfices (112 Md sur 10 ans).

Réformes structurelles indispensables

Réforme des marchés publics européens

Principe : Buy European Act + critères libres obligatoires

Nouvelle réglementation proposée :

1. Préférence européenne (sauf écart >15%)

Pour tous les marchés publics européens (1 900 Md/an) :

  • Priorité absolue aux fournisseurs et solutions européens
  • Exception uniquement si :
    • Écart de prix >15%
    • Absence totale d’offre européenne
    • Raisons techniques objectives et documentées

2. Pondération obligatoire en faveur du libre

Dans les critères de sélection :

  • Prix : 30% (au lieu de 60–70% actuellement)
  • Qualité technique : 25%
  • Souveraineté (formats ouverts, logiciel libre, hébergement UE) : 25%
  • Pérennité et maintenance : 10%
  • Impact environnemental : 10%

3. Formats ouverts obligatoires

  • Tous les documents produits : ODF, PDF/A, HTML
  • Pas de formats propriétaires (docx, xlsx interdits sauf conversion)
  • APIs ouvertes et documentées (si services web)
  • Interopérabilité garantie

4. Clause de réversibilité

  • Tout contrat doit inclure clause de sortie sans coût exorbitant
  • Export de toutes les données (formats ouverts)
  • Pas de verrouillage technique
  • Pénalités si non-respect

5. Publication obligatoire du code (pour développements spécifiques)

  • Tout logiciel développé sur fonds publics : licence libre obligatoire (EUPL)
  • Publication sur forge européenne
  • Documentation complète
  • “Public money = public code”

6. Allotissement favorisant PME

  • Marchés <10 M : réservés PME européennes
  • Marchés >10 M : allotissement en lots <5 M
  • Interdiction sous-traitance en cascade (max 1 niveau)

7. Sanctions

  • Manquement aux obligations : amendes (jusqu’à 10% du marché)
  • Récidive : exclusion de marchés publics européens (3–5 ans)
  • Contentieux OMC : assumé et budgété

Impact attendu :

  • Relocalisation 465 Md/an d’achats vers Europe
  • Création 1,16 million d’emplois
  • Gains : 1 788 Md sur 10 ans (voir section 2.2.2)

Taxation des GAFAM à 25% effectif

Mécanisme détaillé :

1. Base taxable : chiffre d’affaires généré en Europe

  • Définition claire : CA attribuable à utilisateurs européens
  • Pas d’échappatoire via filiales (Irlande, Pays-Bas)
  • Déclaration obligatoire pays par pays

2. Taux : 25% (taux moyen d’imposition société en UE)

  • Applicable à tous revenus (publicité, cloud, services, ventes)
  • Pas de déduction pour “coûts de transfert” fictifs
  • Calcul transparent et auditable

3. Contrôle et sanctions

  • Déclaration obligatoire (sous 3 mois après exercice fiscal)
  • Audits aléatoires par autorités fiscales UE (nouvelle agence)
  • Sanctions automatiques si défaut :
    • Amende : 3x l’impôt dû
    • Interdiction opérer en Europe (si récidive)

4. Affectation des revenus

  • 60% : budgets États membres (clé de répartition PIB)
  • 30% : Fondation européenne autonomie numérique
  • 10% : Agence européenne fiscalité (renforcement contrôles)

Recettes attendues : 50 Md/an

5. Riposte aux représailles US

Si les USA taxent entreprises européennes en représailles :

  • Surtaxe miroir (taxe additionnelle US)
  • Soutien entreprises européennes victimes
  • Négociation accord fiscal bilatéral (mais depuis position de force)

Ressources éducatives libres : briser le monopole des éditeurs

État des lieux catastrophique :

Marché des manuels scolaires en Europe : 4,5 Md/an

Concentration extrême :

  • Pearson (UK/USA) : 28%
  • Hachette (France) : 18%
  • Santillana (Espagne) : 12%
  • Cornelsen (Allemagne) : 9%
  • Autres : 33%

Modèle économique prédateur :

  • Rééditions quasi-identiques tous les 3–4 ans
  • Prix exorbitants (30–45 par manuel)
  • Verrouillage écoles (manuels papier + numérique liés)
  • Pas de réutilisation (droit d’auteur restrictif)
  • Qualité pédagogique discutable (lobbies éditeurs influencent programmes)

Coût pour familles et États :

  • Manuel papier : 35 en moyenne
  • 10 matières $\times$ 35 = 350 par élève/an
  • 100 millions d’élèves en Europe
  • Total : 35 Md/an (dont 60% familles, 40% États)

Solution : développement massif de ressources éducatives libres (REL)

Définition REL (selon UNESCO) :

  • Contenus éducatifs (cours, manuels, exercices, vidéos, etc.)
  • Librement accessibles
  • Sous licence ouverte (CC-BY-SA recommandée)
  • Modifiables et adaptables
  • Partageables sans restriction

Programme proposé : 12 milliards d’euros sur 5 ans

Répartition budgétaire :

Budget programme REL (5 ans)

Poste Budget (Md)Description
Rédaction manuels 4,2Tous niveaux, toutes matières, 24 langues UE
Plateforme européenne REL 1,5Moteur recherche, versioning, traduction
Vidéos et médias 2,1Cours filmés, animations, interactifs
Exercices et évaluations 1,8Banques questions, correction auto, IA
Formation enseignants 1,2Utiliser/créer/adapter REL
Gouvernance et qualité 0,6Validation pédagogique, comités
Infrastructure technique 0,6Hébergement, CDN, outils création
TOTAL 12Sur 5 ans

Gains économiques et pédagogiques :

Économies directes :

  • Réduction coût manuels : de 35 /manuel à 0 (numérique) ou 5 (impression à la demande)
  • Économie sur 10 ans : 320 Md (pour familles et États)

Gains pédagogiques :

  • Actualisation continue (vs rééditions 3–4 ans)
  • Personnalisation (enseignants adaptent à leurs classes)
  • Accessibilité (formats adaptés handicaps)
  • Multilinguisme (enfants immigrés, langue maternelle)
  • Innovation pédagogique (méthodes actives, collaboratives)

Bénéfice net : +308 Md sur 10 ans
(320 Md économisés - 12 Md investis)
ROI : 26,7

Réforme du droit d’auteur européen

Problème structurel : le droit d’auteur entrave les communs

Le droit d’auteur actuel (Directive 2001/29/CE, reformée 2019) :

  • Protège excessivement les ayants-droit (70 ans après mort auteur)
  • Limite réutilisation et adaptation
  • Favorise les monopoles éditoriaux
  • Freine innovation et création collaborative

Propositions de réforme :

1. Réduction durée de protection

  • Œuvres commerciales : 25 ans (au lieu de 70)
  • Œuvres non-commerciales : 10 ans
  • Logiciels : 10 ans (vs 70 actuellement)
  • Brevets logiciels : abolition totale

Justification :

  • Équilibre entre intérêt créateurs et bien commun
  • Technologies évoluent vite (70 ans = obsolescence totale)
  • Domaine public enrichi (innovation cumulative)

2. Exception obligatoire : enseignement et recherche

  • Toute œuvre utilisable librement dans contexte éducatif
  • Pas de rémunération pour usage pédagogique
  • Droit de citation élargi (jusqu’à 30% d’une œuvre)
  • Droit de remix pédagogique

3. Obligation de dépôt en archive ouverte (recherche financée sur fonds publics)

  • Toute publication scientifique financée publiquement : accès ouvert immédiat
  • Dépôt dans archive institutionnelle européenne (type arXiv, HAL)
  • Pas de période d’embargo
  • Fin du monopole éditeurs scientifiques (Elsevier, Springer)

4. Présomption de mise sous licence libre pour créations sur fonds publics

  • Sauf exception justifiée : toute création (logiciel, document, média) financée par fonds publics $\rightarrow$ licence libre par défaut
  • Mécanisme opt-out possible (mais nécessite justification)
  • Contrôle a posteriori

5. Droit inaliénable de publication sous licence libre

  • Tout auteur peut choisir de publier son œuvre sous licence libre (CC-BY-SA, GPL, etc.)
  • Pas de contrat éditorial empêchant publication libre ultérieure
  • Droit de rétractation (après 5 ans, auteur peut libérer son œuvre)

6. Fin des DRM (Digital Rights Management) dans l’éducation

  • Interdiction de DRM sur ressources éducatives
  • Droit de copie privée élargi (élèves, étudiants)
  • Pas de poursuites pour contournement DRM à fins pédagogiques

Financement : comment trouver 445 Md/an ?

Rappel : le coût de l’autonomie est de 4 447 Md sur 10 ans, soit 445 Md/an en moyenne.

Cela peut paraître colossal, mais représente seulement 2,6% du PIB européen (17 000 Md).

Et surtout, les 3 premières actions génèrent 560 Md de revenus dès l’année 1, permettant d’autofinancer tout le reste.

Scénario de déploiement autofinancé (par phase)

Phase 1 (Année 1) : Actions à ROI immédiat

Lancement simultané de 3 actions génératrices de revenus :

Actions Phase 1

Action Coût (Md) Gains an 1 (Md)
Taxation GAFAM 25% 38 50
Buy European Act 52 465
Système paiement autonome 63 45
TOTAL 153 560

Surplus année 1 : +407 Md

Ce surplus finance toutes les phases suivantes.

Phase 2 (Années 2–3) : Actions consolidation

Actions Phase 2

Action Coût (Md)Source financement
Clouds européens obligatoires 40Surplus Phase 1
Gel achats militaires US 48Surplus Phase 1
Vente T-bonds (100 Md) 25Surplus Phase 1
Tarifs miroirs Chine/USA 148Surplus Phase 1
TOTAL 261Couvert par +407 Md

Surplus résiduel après Phase 2 : +146 Md

Phase 3 (Années 3–10) : Investissements structurels

Actions Phase 3

Action Coût (Md)Source financement
Technologies critiques 2 215Flux revenus Phases 1–2
Armée européenne 1 785Flux revenus Phases 1–2
Fondation autonomie numérique 150 (10 ans)Flux revenus taxation GAFAM
TOTAL 4 150Flux continus 1 144 Md/an

Bilan de financement décennal :

Bilan financier global

Flux Montant (Md)
Revenus générés (Phases 1–2) +17 435
Coûts investissements (toutes phases) -4 447
Surplus final +12 988

Conclusion : Non seulement l’autonomie s’autofinance, mais elle génère un surplus de 13 000 Md pouvant être réinvesti dans autres priorités (climat, santé, social).

Conclusion générale et recommandations

Synthèse des résultats

Cette analyse rigoureuse démontre que l’autonomie numérique européenne basée sur les logiciels libres n’est pas un coût mais un investissement stratégique hautement rentable.

Chiffres clés (sur 10 ans, 2026–2036) :

Synthèse économique finale : autonomie vs vassalisation

Indicateur Vassalisation Autonomie Différence
Coût total (Md) 11 435 4 447 -6 988
Coût annuel moyen (Md) 1 144 445 -699
Part du PIB (%) 6,7% 2,6% -4,1 pp
Coût par citoyen (/an) 2 541 988 -1 553
Emplois créés (millions) 0 8,6 +8,6
Bénéfice net (Md) -11 435 +14 245 +25 680
ROI 4,78

L’équation fondamentale de l’autonomie

$$\boxed{\text{Autonomie} = \frac{1}{2{,}6} \times \text{Vassalisation} \quad \Rightarrow \quad \text{Économie nette : } 6\,988 \text{ Md\texteuro}}$$

$$\boxed{\text{Bénéfice total} = 14\,245 \text{ Md\texteuro} \quad \Rightarrow \quad 5\,706 \text{ \texteuro/citoyen/an}}$$

Trois piliers de la stratégie

1. Fondation européenne pour l’autonomie numérique

Mission : Financer, coordonner et garantir pérennité de l’écosystème libre européen

Localisation : Fondation universitaire, 11 rue d’Egmont, 1000 Bruxelles, Belgique

Gouvernance : Multi-acteurs (utilisateurs au pouvoir, pas seulement développeurs)

Budget : 15 Md/an (autofinancé par taxation GAFAM + contributions)

Initiative bottom-up : 25 ans de mobilisation des communautés du libre européen

2. Réformes structurelles indispensables

A. Marchés publics (Buy European Act)

  • Préférence européenne sauf écart >15%
  • Pondération souveraineté 25%
  • Formats ouverts obligatoires
  • Gains : 1 788 Md, emplois : 1,16 M

B. Taxation GAFAM à 25% effectif

  • Base taxable : CA Europe
  • Pas d’échappatoire
  • Gains : 1 202 Md

C. Ressources éducatives libres

  • Briser monopole éditeurs
  • Manuels CC-BY-SA pour tous
  • Économies : 320 Md, investissement : 12 Md

D. Réforme droit d’auteur

  • Durée protection réduite (25 ans)
  • Exception enseignement élargie
  • Public money = public code

3. Solutions immédiates : LaSuite et Forges EU

EuroSuite numérique (généralisation LaSuite française) :

  • Coût : 1 Md (3 ans)
  • Gains : 112 Md (10 ans)
  • ROI : 106
  • 156 millions d’utilisateurs potentiels

Forges souveraines européennes (Codeberg+) :

  • Coût : 430 M (5 ans)
  • Gains : 12,7 Md (10 ans)
  • ROI : 29,4
  • Alternative crédible à GitHub/Microsoft

L’urgence d’agir : des solutions existent et sont prêtes

Ce qui distingue cette contribution des rapports habituels : nous ne partons pas de zéro.

Contrairement à de nombreuses initiatives européennes qui démarrent par des études de faisabilité de 3 ans suivies de développements de 5 ans, les solutions libres européennes existent déjà et sont opérationnelles :

  • LaSuite (France) : 500 000 utilisateurs, économie de 70 M/an
  • Codeberg (Allemagne) : 100 000 développeurs, alternative crédible à GitHub
  • Sovereign Tech Fund : financement direct de mainteneurs, modèle éprouvé
  • LibreOffice : 200 millions d’utilisateurs mondiaux, européen (The Document Foundation)
  • Nextcloud : 25 millions d’utilisateurs, allemand, leader mondial du cloud souverain

Ces projets ne demandent qu’à être soutenus, coordonnés et déployés massivement.

Le facteur limitant n’est pas technique, c’est politique.

Les logiciels existent, les compétences existent, les infrastructures existent, les communautés existent. Ce qui manque : la décision politique de financer et coordonner.

Rôle central d’EducaLibre 2026 : catalyseur de la transformation

EducaLibre 2026 (4–6 juillet, Université libre de Bruxelles) ne sera pas une conférence de plus, mais le point de départ concret de la reconquête de l’autonomie numérique européenne.

Programme concret (3 jours) :

Samedi 4 juillet : Diagnostic et vision

  • État des lieux vassalisation numérique (présentation analyse coûts-bénéfices)
  • Démonstrations solutions libres opérationnelles (LaSuite, Codeberg, etc.)
  • Témoignages migrations réussies (Gendarmerie, Munich, administrations)
  • Ateliers sectoriels (éducation, santé, industrie, défense)

Dimanche 5 juillet : Construction collective

  • Co-rédaction “Manifeste Bruxelles pour l’autonomie numérique”
  • Ateliers gouvernance Fondation européenne
  • Sprints développement (amélioration outils critiques)
  • Réseautage européen (mise en relation acteurs)

Lundi 6 juillet : Engagement et lancement

  • Présentation Manifeste final
  • Signature solennelle par institutions, associations, entreprises
  • Lancement officiel Fondation européenne pour l’autonomie numérique
  • Cocktail dînatoire Ville de Bruxelles (300 personnes, Fondation universitaire)

Participants attendus (500–800) :

  • 200 enseignants et chercheurs
  • 150 développeurs et mainteneurs de logiciels libres
  • 100 représentants administrations publiques (États membres + UE)
  • 80 entreprises du libre européen
  • 70 associations et ONG
  • 50 journalistes et médias
  • 30 élus et décideurs politiques
  • 120–320 citoyens et contributeurs divers

Représentation Commission européenne souhaitée :

  • Commissaire ou vice-président.e en charge du numérique (intervention plénière)
  • Directeurs DG CNECT, DG COMP, DG EAC
  • Équipes techniques (observateurs, contributeurs ateliers)

Appel final : le courage de nos prédécesseurs

En 1950, Robert Schuman (ministre français des Affaires étrangères) proposa la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier), ancêtre de l’Union Européenne.

À l’époque, beaucoup disaient : “Impossible, l’Europe est trop divisée, les intérêts nationaux priment.”

Pourtant, ils l’ont fait. Et cela a marché.

En 1969, les Européens décidèrent de créer Airbus pour concurrencer Boeing.

À l’époque, beaucoup disaient : “Impossible, les Américains sont trop en avance, nous n’avons pas les compétences.”

Pourtant, ils l’ont fait. Et aujourd’hui, Airbus est leader mondial.

En 2026, nous proposons de reconquérir notre souveraineté numérique via les logiciels libres.

Beaucoup diront : “Impossible, les GAFAM sont trop puissants, nous sommes trop dépendants, cela coûte trop cher.”

Mais les chiffres prouvent le contraire :

  • C’est possible (les solutions existent déjà)
  • C’est moins cher que l’inaction (2,6 fois moins cher)
  • C’est rentable (ROI de 4,78)
  • C’est urgent (chaque jour : 3,1 Md perdus)

Il ne manque que le courage politique.

La génération de 1950 a eu le courage de construire l’Europe.
La génération de 1970 a eu le courage de défier Boeing.
La génération de 2026 aura-t-elle le courage de défier les GAFAM ?

L’Histoire nous regarde. Nos enfants nous jugeront.

Faisons le choix de la dignité, de la souveraineté, de la liberté.

Faisons le choix des logiciels libres, des communs numériques, de l’Europe autonome.

La balle est maintenant dans le camp de la Commission européenne, des États membres et de tous les acteurs de l’écosystème numérique européen.

Nous, communautés du libre européen, sommes prêts depuis 25 ans.

À vous de jouer.

99

Georgia Institute of Technology & Red Hat (2009). Open Source Index : Baromètre mondial des logiciels libres par pays. Rapport complet disponible sur https://edu.ca.edu/barometre-mondial-des-logiciels

Ministère de l’Éducation nationale (France) (2021). Encourager l’utilisation de logiciels et ressources éducatives libres et développer une offre publique. https://www.education.gouv.fr/media/116425/download

Framasoft & communauté éducative. Ressources libres pour l’éducation. https://www.tice-education.fr/component/tags/tag/logiciels-libres

Commission européenne (2021). Open Source Software Strategy 2020–2023. https://commission.europa.eu/about-european-commission/departments-and-executive-agencies/digital-services/open-source-software-strategy_en

Commission européenne (2025). European Digital Education Hub. https://education.ec.europa.eu/focus-topics/digital-education/action-plan/digital-education-hub

Commission européenne (2021). Study about the impact of open source software and hardware on technological independence, competitiveness and innovation in the EU economy. Fraunhofer ISI & OpenForum Europe.

Eurostat (2025). Public procurement statistics 2024. Luxembourg.

Direction interministérielle du numérique (DINUM, France) (2021). Plan d’action logiciels libres et communs numériques.

DINUM (2024). LaSuite numérique : bilan 2023–2024. Direction Interministérielle du Numérique, Paris. https://lasuite.numerique.gouv.fr

Codeberg e.V. (2025). Annual Report 2024. Codeberg, Berlin. https://codeberg.org

Sovereign Tech Fund (2024). Impact Report 2022–2024. Berlin. https://sovereigntechfund.de

SPRIND (2023). Innovation for Europe : Breakthrough technologies and sovereign capabilities. Munich.

Pettiaux, N. (2026). Analyse coûts-bénéfices de l’autonomie stratégique européenne : Quantification économique de la vassalisation et des gains de la souveraineté. ASBL EduCode, Bruxelles.

Sous-catégories :

Pas de sous-catégories.

Pages dans la catégorie :

Pas de pages dans cette catégorie.

eu/accueil.txt · Dernière modification : de Nicolas Pettiaux